18 mai 2004

À 11 ans

Ce matin-là, Benoit s'est levé comme tous les matins. Ce matin-là, dis-je, Benoit ne savait pas que c'était son dernier matin. Son papa aussi l'ignorait, tout comme sa maman, ses frères, sa soeur. C'était mieux ainsi. Benoit n'avait que 11 ans.

Ce mercredi-là, Benoît s'est habillé, a déjeuné et est parti à l'école. Comme tous les jours de semaine. Il a lu. Il a écrit. Il a appris. Ce mercredi-là, nul ne savait, même pas son prof, que ce qu'il avait emmagasiné ne lui servirait jamais.

Il a joué aussi, pendant cette journée-là. À 11 ans, on joue encore. On joue beaucoup. À 11 ans, la vie est surtout un jeu. À la récréation, Benoît a couru. Il a ri. À 11 ans, même s'il nous arrive de pleurer, on rit surtout énormément.

À 11 ans, on ne pense jamais que demain ne viendra pas. On revient de l'école tout content. On balance son sac en rentrant à la maison. On se précipite sur une collation. À 11 ans, on a faim tout le temps. Parce qu'à 11 ans faut nourrir ce petit corps qui, dans la normale des choses, devrait devenir grand.

On fait aussi les devoirs, à 11 ans. Et puis, dès que revient le printemps, on enfourche sa bicyclette et on file rejoindre les copains et les copines. On s'éclate, à 11 ans. Et puis, même si le jour n'est pas encore couché, vers 20 heures, il faut penser à rentrer. C'est vers cette heure, ce mercredi soir-là, que Benoît est remonté sur son vélo.

C'est vers cette heure aussi qu'un inconnu est sorti d'un bar, éméché par l'alcool. Lui aussi rentrait chez lui au volant de son pick-up Dodge.

Ni l'un ni l'autre, ce mercredi soir-là, ne sont arrivés à la maison. Pour Benoît, l'impact fut fatal. Il n'avait que 11 ans.

Quant au chauffard, deux fois déjà, en 1973 et en 1982, il avait été arrêté pour conduite avec facultés affaiblies. A 26 ans et à 35 ans. Aujourd'hui, à 57 ans, il n'a toujours pas compris. Il n'a tellement pas compris qu'il a fauché un gamin rayonnant, en pleine santé. Il l'a envoyé valser à une cinquantaine de mètres. Il l'a frappé tellement fort que seuls les yeux du petit Benoît ont pu être prélevés pour un don d'organes.

Trois fois. Mais qu'est-ce qu'il leur faut pour comprendre à ces imbéciles récidivistes ? Des peines plus sévères ? Des campagnes de sensibilisation ? Des mesures au Code de la sécurité routière ?

Or, tout ça existe déjà. Quiconque conduit avec les facultés affaiblies et cause la mort d'une autre personne est coupable d'un acte criminel et passible de l'emprisonnement à perpétuité. Les campagnes de sensibilisation existent tant et si bien qu'en dépit des bavures encore trop nombreuses, elles ont fait diminuer la consommation d'alcool au volant et les accidents. Quant au Code de la route, les mesures ont été largement resserrées : suspension de permis, évaluation des condamnés dans des centres spécialisés, installation d'un dispositif détecteur d'alcool dans le cas de récidive, etc.

Alors, qu'est-ce qu'il faut pour que tous les Yvon Arsenault fassent un lien entre leur soif maladive et l'acte criminel qu'ils posent ? Qu'est-ce qu'il faut ?

Une fois, deux fois, trois fois... Bingo !

Benoît n'avait que 11 ans!


page mise en ligne le 18 mai 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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