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6 janvier 2007

ÉDITORIAL

La prison de Mme Bédard

Myriam Bédard a été libérée hier après avoir passé deux semaines en prison aux États-Unis. Il faut espérer que cette grande athlète parvienne maintenant à sortir de cette autre cellule où elle s'est elle-même enfermée, celle de ses fantasmes de persécution. Souhaitons aussi que, pour le bien de la petite Maude, cette affaire retourne là où elle aurait toujours dû rester, dans le domaine privé.

Les Canadiens ont été les témoins involontaires du dérapage d'une chicane de couple comme il y en a trop. Plus de 300 enfants sont enlevés par un de leurs parents chaque année au Canada. Qui en parle ? Myriam Bédard étant une personnalité publique, les médias ne pouvaient que suivre chaque rebondissement de près. Nous avons donc appris plein de choses sur sa vie privée. Nous savons aussi qu'elle a été arrêtée à Baltimore le 22 décembre, jour de son anniversaire de naissance et de celui de sa fille. Que Maude a été perturbée par cet événement. Que Mme Bédard a dû revêtir l'uniforme orange des prisonniers, qu'elle a été menottée. Nous l'avons aperçue au fond d'une voiture, puis montant dans un avion de la GRC, ramenée au Canada comme si elle était une terroriste. Myriam Bédard n'a rien d'une terroriste. Elle n'est pas non plus, contrairement à ce qu'elle croit, victime de «terrorisme bureaucratique». Le terrorisme qui la menace, c'est celui de son imagination.

Quelle tristesse que cette descente aux enfers ! Inévitable, la médiatisation de cette saga a semblé avoir l'effet pervers d'encourager l'ancienne athlète et son conjoint Nima Mazhari dans leur délire. D'autant plus que leur avocat américain, Kevin McCants, y a prêté foi : il a accusé le gouvernement du Canada de ralentir les procédures d'extradition afin de punir sa cliente « pour ce qui est arrivé dans le scandale politique au Canada ».

Or, cette saga n'a évidemment rien à voir avec les déclarations que Mme Bédard a faites il y a deux ans en marge du scandale des commandites. Son rôle dans ce scandale est d'ailleurs anecdotique. Le juge Gomery n'a pas jugé bon d'entendre son témoignage et ne mentionne pas son nom une seule fois dans son rapport de 715 pages.

Depuis son arrestation, Mme Bédard n'a pas été traitée autrement par les justices américaine et canadienne que ne l'aurait été un autre citoyen canadien dans des circonstances similaires. Elle se serait évitée tous ces ennuis si, en apprenant le 14 décembre qu'elle était recherchée par la police de Québec, elle était revenue d'elle-même au pays.

Accusée d'enlèvement d'enfant en contravention d'une ordonnance de garde, Myriam Bédard devra maintenant subir son procès. On peut déjà prédire que celui-ci sera l'occasion d'un cirque médiatique. Ce qui reste de privé dans la vie familiale de l'ancienne star du sport sera exposé. Sa fille verra tout ce linge sale lavé sur la place publique, avec les conséquences que l'on peut soupçonner pour elle.

Est-il vraiment dans l'intérêt de l'enfant et de la société qu'il en soit ainsi ? Au contraire, les parties dans cette affaire devraient tout faire pour éviter la tenue de ce procès. Par exemple, après entente avec l'avocat de l'accusée, le procureur général pourrait signifier un arrêt de procédures de façon à donner l'occasion à Mme Bédard et à ses proches de régler toute cette affaire entre eux, loin des caméras. Pour le bien de Maude.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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