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Ciudad
Juárez, avec un million et demi d'habitants, est considérée la quatrième
ville la plus importante du Mexique. Mais son importance première réside
dans le fait qu'elle la principale ville dans la frontière avec les
Etats-Unis : chaque jour, des milliers de personnes croissent "la ligne"
dans les deux sens, pour des raisons commerciales, touristiques ou de
travail, légalement ou illégalement.
Boom industriel et rêve américain
L'élan économique (Ciudad Juárez présente un taux de chômage plus bas que la
moyenne nationale) a provoqué un développement démesuré et désorganisé, et
en conséquence, elle subit toutes les maladies d'une grande ville. Sa
prospérité est due à l'établissement en masse des "maquiladoras" : des
entreprises transnationales de manufacture qui y ont trouvé une main d'œuvre
qualifiée et pas trop coûteuse. Selon les statistiques officielles de
l'année dernière, cette industrie, avec ses presque 400 usines installées,
génère plus de 250.000 emplois directs. Ford, Johnson & Johnson, Siemens,
Chrysler y sont installées, entre autres.
Cet important pôle industriel et commercial attire des gens de tout le pays
qui fuient le chômage et le manque d'opportunités, ainsi que ceux qui rêvent
de croiser la frontière comme "mojados" (mouillés) pour vivre le rêve
américain, même en risquant leur liberté et leur vie.
75 % des habitants de Juárez sont venus à l'origine de l'intérieur de la
République Mexicaine pour travailler, et y sont restés. Les femmes
représentent près de la moitié de cette marée humaine attirée par l'offre de
travail : des petites et des jeunes filles, et des femmes adultes. Cela
semble plus que logique vue la grande proportion de population féminine sur
le territoire mexicain. Ce qui n'est en revanche pas du tout normal c'est
qu'elles y trouvent la mort. Depuis 1993, plus de 250 femmes (271 est le "chiffre
officiel"), âgées entre 12 et 29 ans, pour la plupart des ouvrières, ont été
violées et tuées de la façon la plus sauvage et violente que nous puissions
concevoir, sans qu'aucun cas soit jusqu'à présent résolu de manière
satisfaisante.

Cafouillages
policiers
Il y a 271 histoires, toutes aussi douloureuses et abominables, sur le
martyr que ces femmes ont subi avant d'êtres brutalement assassinés : leurs
corps, trouvés dans des terrains vagues des alentours de la ville,
présentent des terribles signes de torture, de viol collectif, de
mutilations, d'étranglement et de coups mortels.
Il ne serait pas exact d'affirmer qu'il n'y a pas eu d'actions entreprises
de la part des autorités. 150 personnés ont déjà été arrêtées, mais les
trouvailles macabres continuent, avec les mêmes signes de martyr. Tout cela
donne l'impression que la police et le gouvernement essaient de façon
inutile et stupide d'étouffer l'indignation, la peur et la rage de la
société, en inventant des coupables arbitrairement et maladroitement.
Comme pourrait-on accepter comme coupables les hommes détenus jusqu'à
présent, si leurs arrestations sont pleines d'irrégularités, sans preuves
réelles et accablantes et, surtout, si l'apparition des cadavres au bord des
ruisseaux et des terrains ne cesse pas ?
Comme pourrait-on expliquer ces meurtres, dirait-on sortis d'un film
d'horreur, si ce n'est pas que par l'inefficacité honteuse, l'inaptitude
alarmante et la corruption douloureuse des autorités qui ne peuvent même pas
préserver la sécurité des mexicain-e-s ?
Comme pourrait-on bien accueillir les justifications du gouvernement local
qui se déclare « dépassé » par cette chasse aux femmes et qui responsabilise,
à son tour, le gouvernement fédéral ?
Elever
le débat, élargir la mobilisation
L'opinion publique et la société mexicaine ne sont pas restées passives. Des
ONG locales et nationales et des femmes courageuses se sont réunies pour
réclamer justice, employant toutes leurs forces et tous les moyens à leur
disposition, et pour se battre, non seulement pour l'éclaircissement des
crimes passés, mais aussi pour la prévention de crimes futurs. Les médias,
pour leur part, ont fait des campagnes locales pour une "conscientisation"
des femmes : "¡Ponte viva !" (Reste vivante) dit le slogan qui passe a la
télé, à la radio, sur des affiches, avec des recommandations qui, dans un
contexte moins dramatique, deviendraient ridicules : "Ne sors pas seule la
nuit, ne t'habilles pas de façon provocatrice, essaies d'être toujours
accompagnée"… Comme s'il s'agissait d'une campagne de vaccination! Une
campagne pour éviter d'être violée et tuée, comme si ce menace était en
quelque sorte déjà légitime!
Tout cela est loin d'être suffisant, il s'agit d'une tuerie de 271 personnes :
des centaines des femmes dont les vies leur ont été arrachées de la façon la
plus sauvage et impitoyable. Tout le pays, et le monde entier, devraient
condamner cette prédation et en réclamer justice.
Ce
n'est pas une affaire mexicaine. C'est une déprédation misogyne qui doit
pousser tou-te-s ceux-celles qui ont des yeux, un cœur et une intelligence à
exiger une action déterminante et concrète au gouvernement mexicain afin
d'arrêter cette violence faite aux femmes du monde et au genre humain.
Je ne saurais pas dire si la cruelle et inqualifiable tuerie de femmes et
jeunes filles est plus ou moins effrayante que l'impassibilité et la
stupidité des autorités qui ont été incapables d'assurer le droit à vivre en
sécurité aux femmes de Juárez et du Mexique.
Et la question la plus difficile à assumer : parlerait-on de réactions et
résultats différents pour arrêter cette prédation humaine si les victimes en
question étaient des hommes?
Les
femmes de Ciudad Juárez mènent à présent des actions pour forcer les
autorités locales et internationales à prendre des mesures et à qualifier
ces événements de Crimes contre l'humanité.
Pour les soutenir, écrivez un mail à:
Elizabeth Abi-Mershed
Comisión Interamericana de Derechos Humanos, OEA, Washington DC, Estados
Unidos, avec copie à:
Por nuestras
hijas |
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