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| 75e Anniversaire de la Révolution dOctobre
Cercle Henry Barbusse SUR LA DISSOLUTION DE LINTERNATIONALE COMMUNISTE (KOMINTERN) (1992)
Le texte qui suit a été présenté par les camarades du Cercle Henry Barbusse de Culture Ouvrière et Populaire à la Journée commémorative du 75e anniversaire de la Révolution dOctobre, qui lont ensuite publié en brochure. Pour la présente édition, nous lavons révisé et, pour faciliter la lecture, aménagée légèrement sa présentation au niveau de la division en paragraphes, des titres, des abréviations, etc. __________ I II III 3. La Troisième Internationale IV 1. Les premières années (1918-1921) Le contexte et son analyse. 2. La période de stabilisation relative du capitalisme (1921-1928) Conséquence sur la tactique et lorganisation. 3. La fin de la période de « stabilisation relative » et la nouvelle crise du capitalisme (1929-1933) Conséquence sur la tactique et lorganisation. 4. La victoire du fascisme en Allemagne et le VIIe Congrès de lInternationale Communiste (1934-1936) Le contexte et son analyse. 5. La période de la guerre et la dissolution de lInternationale Communiste (1937-1943) La dissolution de lInternationale Communiste : une
décision juste et opportune. __________
Le rapport des forces actuel dans le monde, caractérisé par une victoire des forces capitalistes sur de nombreux terrains daffrontements de classes nationaux et internationaux, met à lordre du jour la question du bilan du mouvement communiste international. Cette préoccupation est à la fois légitime, nécessaire et urgente. De la réponse apportée dépend en effet notre capacité à reconstituer les Partis dont le prolétariat et les peuples opprimés ont besoin. Cette question centrale et cruciale doit être abordée avec sérieux, sans précipitation dans les conclusions et à partir de la méthode danalyse que constitue le matérialisme dialectique.
I LÉTAT DES ANALYSES SUR CETTE QUESTION
Outre les propos haineux, revanchards et sans cohérence de la bourgeoisie, quatre types danalyses se sont exprimés sur la question des défaites du camp socialiste au XXe siècle : 1) Les analyses trotskistes, basées sur laffirmation dun « coup dÉtat stalinien » ayant eu pour résultat la prise du pouvoir par la bureaucratie et la mise en place dun « État ouvrier dégénéré » dans les années 20. La multiplicité des tendances trotskistes donne par la suite une diversité sur la date du « coup dÉtat » et sur les appellations du système qui en est issu. Certains lappellent « État ouvrier dégénéré » ou encore « capitalisme dÉtat ». 2) Les analyses maoïstes basées sur laffirmation dun coup dÉtat krouchtchévien, suite auquel le socialisme se transforme en « capitalisme dÉtat » et en « social-impérialisme ». 3) Les analyses que nous appellerons semi-trotskistes considérant que la tactique du Front Populaire défendue et mise en place par le VIIe congrès de lInternationale Communiste, est à lorigine dune capitulation du mouvement communiste international devant limpérialisme. Pour la plupart des tenants de cette position, cest l« imposition » par lU.R.S.S. au mouvement communiste international dune position visant à défendre « ses propres intérêts internationaux », qui a conduit à une politique droitière, là où selon eux la tactique « classe contre classe » des congrès antérieurs du mouvement communiste international devait être maintenue. 4) Dernier type danalyse plus récente enfin, considérant que cest la dissolution de la IIIe Internationale qui est le signe de défaite du mouvement communiste international. Là encore largument d« imposition » par lU.R.S.S. dune position « étroitement nationale » est le plus souvent cité, la dissolution de lInternationale Communiste étant le prix payé par lU.R.S.S. et par Staline à louverture dun second front par les Américains et par les Anglais pendant la Seconde guerre mondiale. Pour les raisons de lanalyse nous avons séparé ces quatre types de positions. Dans la réalité existe toute une serie dargumentations articulant plusieurs dentre elles, voir les quatre. Ainsi, certains peuvent considérer que la prise du pouvoir par la « bureaucratie stalinienne » signifie labandon de toute perspective de révolution internationale, conduisant à une politique de défense des intérêts de lU.R.S.S. au détriment du mouvement communiste international, qui se caractérise définitivement par la « tactique droitière » du VIIe Congrès, avec comme aboutissement ultime la dissolution de lInternationale Communiste (articulation des analyses 1, 3, 4). Paradoxalement, le mouvement trotskiste défendant ces points de vues considère larrivée de Krouchtchev au pouvoir comme positive dans la mesure où il dénonce le « stalinisme ». Pour dautres, rejetant les analyses trotskistes, cest la tactique du Front Populaire qui conduit à un repli, débouchant sur la capitulation que serait la dissolution de lInternationale Communiste (articulation des analyses 3 et 4). Dautres articulations existent, mais il ne sagit pas ici de répondre à toutes les nuances, mais de montrer les insuffisances de ce type de bilan, leur fausseté et les dangers quil comporte. Nous avons rencontré en effet des militants sincères, notamment au sein du Parti Communiste Français, attirés par ces explications. Et même des organisations marxistes-léninistes se laissent prendre par celles-ci. Ainsi pour le Regroupement Communiste :
Le même type de position est défendu par le Parti Communiste du Japon (gauche) depuis 1983 :
Sans amalgamer, force est de constater que cet argumentaire était jusquici le domaine réservé des organisations trotskistes. Ainsi le groupuscule « le Bolchévik » considère que :
Sans amalgamer, nous tenons à souligner le danger de conclusions hâtives et la nécessité dune analyse scientifique. En effet, la pression idéologique bourgeoise et impérialiste est telle, et la déroute de nos forces est si grande, que le subjectivisme risque dentraîner dans des conclusions qui rejoignent de bien anciennes analyses de la bourgeoisie. Cest le subjectivisme qui fait rechercher, dans un événement marquant, lorigine de la défaite, en le coupant des processus et contextes qui léclairent et lexpliquent. Ainsi, pour les uns, cest larrivée de Krouchtchev, de Staline pour dautres, le VIIe Congrès pour certains, la dissolution de lInternationale Communiste pour les derniers. Une fois ce pas franchi, dautres inévitables sen suivent, dans la mesure où la négation des processus et contextes consiste à entrer dans le mode danalyse bourgeois qui, de fil en aiguille, conduit à la négation de la possibilité du socialisme. De lanalyse ciblant la dissolution de lInternationale Communiste comme origine de la défaite et comme soumission des intérêts du mouvement communiste international à ceux de lU.R.S.S., on en arrive à rechercher les phénomènes antérieurs, pour en conclure logiquement que le VIIe Congrès de lInternationale Communiste correspondait aux intérêts de lU.R.S.S. et était contraire à ceux du mouvement communiste international, et en définitive on rejoint la thèse trotskiste dune trahison par lU.R.S.S. et Staline de la révolution mondiale par linstauration du socialisme dans un seul pays.
LA LETTRE CONTRE LESPRIT DE LA SCIENCE MARXISTE-LÉNINISTE
Cest lessence de léclectisme qui mène à lutilisation de certaines thèses et analyses communistes en les isolant de leur contexte. Quelques exemples : Du fait que la lutte du prolétariat est éminemment internationaliste, léclectisme en conclu au caractère réactionnaire de toutes les luttes nationales et de toutes questions nationales. Il sappuiera pour cela sur la formule Marx :
Et il oublie de resituer cette affirmation dans la suite de lanalyse de Marx et Engels qui précisent :
De même, analysant les travaux du VIIe Congrès de lInternationale Communiste, léclectisme retiendra certains aspects et en éliminera dautres. Il soulignera, par exemple, le passage de la tactique « classe contre classe » à celle du Front Populaire en sappuyant sur les propos de Dimitrov :
Il oublie simplement, cet éclectisme, que Dimitrov resitue cette analyse dans une réalité complexe et contradictoire, puisquil continue en citant Lénine :
Un dernier exemple enfin est celui de la dissolution de lInternationale Communiste. Lanalyse éclectique sarrêtera sur le lien évident entre la dissolution et louverture du second front, en oubliant tous les autres aspects de cette décision, dont notamment le caractère même de la guerre. Affirmer lexistence dun tel lien nest en effet quun constat évident, puisque Staline lui-même dès le 28 mai 1943 le dit explicitement :
Isoler cet aspect de la décision dun contexte général marqué par des négociations entre les nazis et les forces anglo-américaines afin dobtenir un retournement dalliance contre lU.R.S.S. dune part et par un mouvement communiste international confronté à des situations multiples et diverses selon le pays certains étaient occupés par les nazis, dautres étaient alliés des nazis, dautres encore étaient libérés ou en voie de lêtre par les anglo-américains, certains Partis uvraient dans des pays où la bourgeoisie avait fait des choix différents pour ou contre les nazis (collaboration, résistance, double jeu...) dautre part, cest en fait se condamner au subjectivisme et à une incapacité nette à lanalyse concrète dune situation concrète. La forme de lorganisation des communistes nest pas une réalité figée et immuable, mais évolue en fonction des besoins, des tâches concrètes, de la situation concrète de la lutte des classes et du rapport des forces auxquels sont confrontés le prolétariat et son avant-garde. Ne pas prendre en compte ces aspects, cest se condamner à ne pas comprendre pourquoi Marx et Engels participent à la création de la Première Internationale puis font tout pour la dissoudre, pourquoi la IIe Internationale débouche sur une analyse chauvine et opportuniste, pourquoi Lénine préconise une première forme dorganisation autour dun journal (lIskra), puis le Parti avec droit de tendance et enfin le Parti bolchévik qui « sépure de ses éléments opportunistes ». Bref, quelle que soit lappréciation que lon porte sur lopportunité de la dissolution de lInternationale Communiste, il est erroné, anti-scientifique et non dialectique de voir dans un tel acte en soi la cause de la « dégénérescence » et de la « défaite » du mouvement communiste international. Ce sont des facteurs objectifs (limpérialisme) et subjectifs (le révisionnisme) qui, dans chaque pays et dans chaque Parti, ont été déterminants dans lévolution opportuniste et révisionniste que nous avons constaté dans le mouvement communiste international. De même, il est erroné dattendre de la création dune nouvelle Internationale, la résolution « miraculeuse » de toutes les dérives et déviations qui ont conduit à la défaite actuelle. Au contraire, cest lorsque le processus de lutte contre ces déviations aura progressé dans un certain nombre de pays et dorganisations communistes, quune nouvelle Internationale sera possible et réalisable.
LE MARXISME-LÉNINISME ET LORGANISATION DES COMMUNISTES
La question de lorganisation a été posée au prolétariat bien avant lapparition du marxisme. Lavènement du capitalisme avec sa contradiction fondamentale entre la bourgeoisie et le prolétariat posait tout simplement cette nécessité, car, comme le dit Lénine :
La question des formes de lorganisation du prolétariat dès lors sest toujours posée en fonction du niveau de conscience politique, des nécessités du moment, des objectifs que la classe ouvrière se fixait et le rapport des forces de classes. Ainsi Marx, analysant le développement des sociétés secrètes comme forme dorganisation du prolétariat, les relie à lévolution de la situation objective :
Pour Marx, ce nétait pas seulement la forme mais également les objectifs de lorganisation qui dépendaient de l« analyse concrète dune situation concrète » :
Pour saisir les positions de Marx et Engels, il faut garder en tête létat du prolétariat de lépoque et létat de ses organisations. Écoutons Marx à propos de la « minorité » de la Ligue des Communistes, qui ne tenait pas compte de ces éléments pour déterminer les formes et les objectifs de lorganisation :
Ce propos de Marx à légard des « gauchistes » allemands dalors et à propos de la situation concrète allemande était également valable à léchelle de lEurope. Il foisonnait à cette époque toutes sortes didéologies prétendant libérer le prolétariat : corporatisme, coopératisme, anarchisme, socialisme utopique, se traduisant dans une multitude dorganisations (trades unions, coopératives, sectes, associations secrètes...). Cest donc à partir dune telle realité que Marx et Engels défendent la Première Internationale, dont la fonction est de permettre la communication et la coopération entre toutes les organisations ouvrières. Lobjectif nétait donc pas la création dune organisation centralisée de combat, mais de faire comprendre aux ouvriers lidentité de leur intérêt de classe, de leur lutte, du caractère commun de leurs conditions et de leur mission historique dans la nouvelle société bourgeoise. Larticle premier des statuts de lAssociation Internationale des Travailleurs déclare :
Cet article premier est en retrait par rapport aux positions annoncées par Marx dans le Manifeste du Parti Communiste de 1848, mais cela est là aussi le résultat dune analyse de la situation :
Le travail gigantesque de Marx et Engels a permis de clarifier la situation, de rallier les meilleurs révolutionnaires, en défaisant idéologiquement et politiquement les courants hostiles et surtout les anarchistes bakouninistes. La Première Internationale devait acquérir ainsi une réelle reconnaissance et autorité auprès de la classe ouvrière européenne. Mais par suite de cette défaite idéologique, les courants petits-bourgeois anti-marxistes se mirent à utiliser lAssociation Internationale des Travailleurs pour affirmer et diffuser leurs vues erronées en se parant de son prestige. Marx et Engels menèrent alors le combat pour mettre en veilleuse lA.I.T., en transférant son siège à New York :
Marx revient là dessus plus précisément sur la question de lorganisation :
Mais cette mise en veilleuse de lA.I.T. ne suffit pas pour en finir avec les manuvres des anarchistes. Alors Marx et Engels nhésitent plus à lutter pour sa dissolution :
Remarquons quEngels fait sans cesse référence aux facteurs matériels et aux conditions concrètes. Il est encore plus précis lorsquil répond sur la question de la dissolution ou du maintien dune organisation internationale :
Bien entendu, et comme on lentend aujourdhui en ce qui concerne la IIIe Internationale, Marx et Engels ont été qualifiés de « traitres » et la dissolution de lA.I.T. de « défaite », sans que cela ne change dun iota leur position, qui résultait encore une fois de l« analyse concrète dune situation concrète » :
La Première Internationale, après avoir accomplie limmense tâche de clarification idéologique et politique, après avoir formulée les bases pour que se développent dauthentiques partis prolétariens, était jugée par ses fondateurs comme dépassée et devant être dissoute.
La IIe Internationale regroupe un nombre important de partis socialistes et ouvriers et effectivement, comme lavaient prévu Marx et Engels, se revendiquent tous des thèses du Manifeste du Parti Communiste de 1848. Elle naquit à Paris en 1889 et porta une attention particulière à la question de la guerre jusquen 1914. Si lunité idéologique et politique semble plus forte, la forme organisationnelle reste elle sensiblement la même que celle de la Première Internationale, en particulier sur la reaffirmation du caractère indépendant de chaque parti et le droit de ne pas appliquer les décisions majoritaires votées par 1es congrès et rencontres internationales. Là encore il faut relier cette organisation au contexte dexpansion et dessor formidable du capitalisme en passe datteindre son stade suprême à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle :
Lorsquéclata la première guerre impérialiste mondiale, la IIe Internationale vola en éclats, chaque parti se mettant à la remorque de sa bourgeoisie et appelant les ouvriers à se tirer les uns sur les autres. La IIe Internationale est née dix ans après la Commune héroïque, lors de laquelle lanarchisme avait montré ses limites directionnelles. En dépit de limportant travail dorganisation des masses ouvrières avec la naissance et le développement de grands partis nationaux, la IIe Internationale, organisée sur le primat du facteur national sur le facteur international, va se révéler dépassée par le développement du capitalisme en impérialisme. Or le facteur international devenait essentiel, entraînant la nécessité de « rompre la chaîne impérialiste à son maillon le plus faible » et exigeant une organisation adéquate du prolétariat. En effet un cap qualitatif était franchi tant dans le fonctionnement du capitalisme que dans les besoins organisationnels du prolétariat sur le plan international et national (voire les luttes entre bolchéviks et menchéviks en Russie). Cest ce qui fait dire à Lénine, bien avant la révolution doctobre et la création de la IIIe Internationale :
Ne nous attardons pas trop longtemps sur cette Internationale qui est tombée en faillite corrompue par la « longue période pacifique du parlementarisme bourgeois » et par limpérialisme, car sa fin honteuse fait quelle nest pas lobjet de regrets, ni de polémiques dans le mouvement communiste international.
3. La Troisième Internationale Résultat de lanalyse léniniste de limpérialisme, la IIIe Internationale revêt des objectifs et une forme organisationnelle fort différents des deux précédentes. Contrairement à elles, en effet elle pose immédiatement le primat du facteur international sur la facteur national et le principe qui en découle de
Tous les congrès de lInternationale Communiste confirment ce principe :
Et pourtant la forme organisationnelle de lInternationale Communiste a évolué. Créée à linitiative du Parti Communiste (bolchévik) de Russie, elle adopte les principes léninistes sur le programme, la stratégie, la tactique et lorganisation. En matière organisationnelle, Lénine défendait le point de vue dadopter des formes dorganisation et des méthodes de travail suivant la situation concrète. Cest donc à partir des conditions de la lutte de classe caractérisée par loffensive du prolétariat révolutionnaire et des tâches politiques qui en découlent que sest élaborée et sest décidée la forme dorganisation de lInternationale Communiste. Le Xe Congrès du Parti Communiste (bolchévik) de Russie, qui se tint du 8 au 16 mars 1921, dirigé par Lénine lui-même, arrêta les principes léninistes en la matière :
Il nexiste donc pas de forme organisationnelle éternelle et indépendante des situations concrètes ; elle nest pas une fin en soi, mais un moyen pour mener la lutte de classe et doit donc évoluer en fonction des besoins de celle ci. Plus précise encore, la résolution explique quau contraire une forme organisationnelle inadéquate est une entrave au développement du mouvement révolutionnaire et à laccomplissement de la tâche du moment :
Ce point 2 de la Résolution est essentiel à létape actuelle, où les forces communistes connaissent une défaite importante et où est reposée la question des formes organisationnelles nouvelles, que ce soient au niveau international et même au niveau national. La question de ladaptation des formes organisationnelles à létat réel du mouvement communiste aujourdhui, aux besoins de la lutte de classe et aux tâches qui en découlent est de nos jours fondamentale. La résolution propose également des critères pour déterminer le moment où une forme dorganisation est dépassée et doit disparaître :
Lépuisement dune forme organisationnelle particulière est donc un processus au cours duquel émergent de nouveaux besoins. Lancienne forme répondant de moins en moins à la nouvelle situation, cède la place, à un certain niveau de développement de ce processus, à un changement qualitatif qui survient ainsi comme le résultat dune accumulation quantitative, au delà de laquelle, la suppression de lancienne forme devient nécessaire. Pour saisir si lInternationale Communiste a respecté cette méthode scientifique et ces principes en matières dorganisation, voyons donc les principales étapes de sa vie, leur contexte international et les tâches qui en ont découlées.
LE KOMINTERN, DE SA CRÉATION À SA DISSOLUTION
1. Les premières années (1918-1921) La révolution mondiale est posée comme question immédiate. Cest la période qui va des premières initiatives en vue de la création de lInternationale Communiste jusquau IIe Congrès, et qui est celle dune vague révolutionnaire prolétarienne sans précédent dans lhistoire du mouvement ouvrier. La Révolution bolchévik victorieuse joue un rôle de catalyseur des assauts partout en Europe du prolétariat et suscite dans les colonies une vague importante de luttes de libération nationale. Alors que le prolétariat est à loffensive, la scission du mouvement ouvrier se révèle être la principale entrave à la révolution mondiale.
Le contexte et son analyse. Dès 1914, Lénine et les bolchéviks, sopposant à la trahison social-démocrate et aux positions chauvines des principaux dirigeants de la IIe Internationale, indiquaient la nécessité dun nouvel état-major commun de combat, rendu urgent par la vague révolutionnaire qui s annonçait rapidement. Cest donc dans une perspective de révolution socialiste immédiate et européenne que se met en place lInternationale Communiste. Ces positions peuvent apparaître aujourdhui idéalistes, mais replacées dans le contexte dalors de luttes révolutionnaires insurrectionnelles et massives, elles ne sont que les conclusions logiques dune analyse scientifique des contradictions du système impérialiste et du soulèvement révolutionnaire des masses. Lampleur de loffensive révolutionnaire dalors a eu pour conséquence la première crainte sérieuse et profonde de perte du pouvoir par la bourgeoisie mondiale. Cest pourquoi sans doute sa hargne haineuse à vouloir détruire le Pouvoir des Soviets qui servait demblème et dexemple vivant aux prolétaires et peuples opprimés la conduit à une agression commune des belligérants impérialistes de 1914-18 coalisés contre le jeune pouvoir populaire. Dans cette période, cest la destruction du Pouvoir des Soviets et la répression des mouvements révolutionnaires à léchelle européenne qui sont les préoccupations prioritaires de la bourgeoisie :
La contradiction entre la bourgeoisie et le prolétariat, contradiction centrale du mode de production capitaliste, sarticule désormais étroitement au niveau international à la contradiction entre pays socialiste et système capitaliste, avec pour effet immédiat lunité des belligérants impérialistes pour agresser le Pays des Soviets sous la forme de lintervention armée, mais aussi une montée des luttes du prolétariat pour la prise du pouvoir et pour soutenir le nouveau pouvoir ouvrier et paysan en lutte contre la contre-révolution intérieure et extérieure. Toutefois lInternationale Communiste notait en même temps que :
Limpérialisme américain en ascension, ne disposant ni de colonies ni de la domination maritime, est donc en contradiction avec les intérêts de toutes les autres puissances impérialistes. Mais lanalyse du Ier Congrès continue en soulignant que, même par delà cette contradiction, une autre est en développement :
À propos de la contradiction entre le socialisme et le capitalisme, lInternationale Communiste observe :
LInternationale Communiste montre aussi que, du fait de « la période pacifique de développement » qui a marqué la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, lopportunisme a réalisé lunité entre bourgeoisie et prolétariat que la guerre impérialiste et la révolution doctobre vont briser :
Une dernière contradiction, enfin, est celle entre limpérialisme et les peuples opprimés :
Tel est donc le système de contradictions cerné par le Ier Congrès de lInternationale Communiste. Tout converge donc vers une révolution mondiale dont les facteurs objectifs ne cessent de mûrir tant au plan mondial quau niveau de chacune des grandes puissances impérialistes et enfin au plan des colonies elles mêmes. La trahison de la IIe Internationale apparait dautant plus grande dans la mesure où elle prive le prolétariat du facteur subjectif décisif dans une révolution : le Parti Communiste. Cest ce que reconstitue la IIIe Internationale, dont lorganisation découle de cette analyse en se structurant comme Parti Communiste mondial, ayant pour objectif de diriger la révolution en cours. Le IIe Congrès de lInternationale Communiste (juillet 1920) se déroule dans un contexte en évolution rapide, mais où laspect de loffensive révolutionnaire reste encore dominant. Soulignons cependant les évolutions qui annoncent des changements dans la perspective de la révolution et des évolutions futures dans lanalyse : la révolution soviétique hongroise est battue, la république ouvrière de Bavière est défaite, la révolution allemande commence à se diriger vers Weimar... Ces évolutions ne changent toutefois pas le contexte et lanalyse dans la mesure où elles sont contrebalancées par des victoires du prolétariat sur dautres fronts : larmée rouge est partout victorieuse des blancs et de lintervention étrangère et atteint les portes de Varsovie, le prolétariat est en insurrection en Allemagne, en Italie, en Espagne, dans les Balkans... Des soviets apparaissent dans plusieurs pays impérialistes (Allemagne, Italie, Grande Bretagne...).
Lorganisation du Parti mondial. Si la révolution mondial est à lordre du jour, si les contradictions mondiales convergent vers la lutte pour le pouvoir dans la plupart des pays impérialistes et dans une partie non négligeable des colonies, lorganisation mondial des communistes devient non seulement possible mais absolument nécessaire. Elle aura une forme organisationnelle le plus centralisé possible et la discipline la plus ferme possible. Les deux premiers congrès sont tout entièrement consacrés, à la fois, aux tâches découlant de la lutte pour le pouvoir et aux formes que prendra le socialisme, tant sont grandes les possibilités de victoire rapide de la révolution pour le renversement de la bourgeoisie internationale et la création de la république internationale des soviets, première étape vers la suppression complète de la dictature de la bourgeoisie. Ainsi, selon le préambule des Statuts de lInternationale Communiste approuvés par le IIe Congrès :
De cet objectif découlent deux aspects : a) Le soutien inconditionnel et pratique à la Russie soviétique :
Le soutien aux pays socialistes est une des tâches du prolétariat de chaque pays, dans la mesure où ses intérêts ne peuvent être autres que ceux de la révolution mondiale. Tout renforcement de ces pays socialistes est une victoire de la révolution mondiale, et toute avancée de celle-ci est une victoire des pays socialistes. b) Le caractère centralisé de lInternationale Communiste :
LInternationale Communiste revêt à partir de là la structure suivante : a) LInternationale Communiste est un Parti mondial :
b) À sa tête se trouve le Congrès mondial :
c) Entre deux congrès, un Comité Exécutif est élu comme centre dirigeant :
d) Les liens entre les sections se font sur la base du centralisme démocratique, avec interdiction de liens directs entre sections pour toutes les questions importantes :
Il sagissait bien de constituer un Parti Communiste mondial, centralisé et discipliné, comme lexigeait la révolution mondiale et les gigantesques batailles de classes en cours à ce moment-là. Toutefois, ce Parti et ses sections se constituent à partir déléments qui sont loin dêtre tous communistes, avec le danger dintégrer en son sein des éléments opportunistes de droite ou de gauche, de policiers ou autres éléments saboteurs. Lélaboration des 21 conditions dadmission à lInternationale Communiste a pour objectif de diminuer ces risques :
2. La période de stabilisation relative du capitalisme (1921-1928) Cest la période qui couvre les IIIe, IVe et Ve Congrès de lInternationale Communiste. Le IIIe Congrès se déroule dans un contexte où le système de contradictions a connu des évolutions, faisant passer la question de la révolution mondiale, de question immédiate, à une question de long ou moyen terme. Cest une période de reflux relatif, qui amène lInternationale Communiste à adapter son analyse à la situation et à en déduire de nouvelles tactiques et formes dorganisation. Le fait le plus notable est le constat dune défaite subie par une partie non négligeable de la vague révolutionnaire, notamment dans les grands pays capitalistes :
De cette défaite découle un fléchissement de la lutte de classe qui fait dire à lInternationale Communiste que :
La conclusion quen tire lInternationale Communiste est que :
Ou encore :
Le second élément de la situation est la défaite de lintervention étrangère et de la contre-révolution intérieure :
Par ailleurs la défaite des armées blanches, permet à la nouvelle République des Soviets de se concentrer entièrement à la tache dédification du socialisme. Et comme lÉtat prolétarien nest pas encore en mesure de fournir les produits industrialisés à la paysannerie et que la reconstruction est à faire, il est décidé de permettre :
La situation entraîne une concurrence inter-impérialistes, confrontés à la recherche de débouchés pour leurs économies en crise :
Dans une telle situation la contradiction interimpérialiste redouble de vigueur :
Si stabilisation du système capitaliste mondial il y a, celle-ci nest donc que relative, de nouvelles crises sannoncent et une nouvelle guerre impérialiste est déjà en germe. Nous soulignerons une nouvelle fois la date du IIIe Congrès (1921), qui analyse lévolution vrrs une guerre impérialiste :
La période se caractérise aussi par le fait que :
Ce sont là les grandes lignes de lanalyse du IIIe Congrès, qui a cerné la situation prévalant à lépoque dans leur complexité. Le IVe Congrès, en 1922, confirme cette analyse en soulignant certaines caractéristiques qui se sont amplifiées : le développement des luttes de libération nationale, notamment en Chine, la décomposition du Traité de Versailles, le passage de la classe ouvrière sur des positions défensives, loffensive économique de la Russie des Soviets... Une nouvelle caractéristique surgit avec le cas Italien :
Voilà qui règle son compte à largument de la bourgeoisie selon lequel les communistes auraient sous-estimés la lutte contre le fascisme ! Dès 1922, lInternationale Communiste appelle à lutter contre le fascisme par lapplication de la tactique du Front Unique. Le Ve Congrès, en 1924, confirme cette analyse. Loffensive du prolétariat dans les pays impérialistes est partout repoussée ; la social-démocratie, qui en porte la principale responsabilité, reste importante au sein des masses ouvrières ; le système capitaliste est rentré dans une période de stabilisation relative ; les mouvements fascistes naissent et se développent un peu partout ; les luttes de libération nationale continuent de croître ; le mouvement communiste international augmente considérablement et sétend à dautres pays ; linfluence des déviations de droite et de gauche dans plusieurs Partis Communistes persiste, etc...
Conséquence sur la tactique et lorganisation. La révolution retrouve un cheminement long, suite à la crise aiguë née de la guerre et de loffensive prolétarienne. Du fait dun certain nombre de facteurs objectifs et subjectifs, le capitalisme retrouve une certaine « stabilité » relative, précaire et provisoire. Dans chaque pays une spécificité propre, une complexité propre des structures sociales et situations particulières fondent des possibilités particulières de développement de la révolution et des tâches des Partis Communistes. Lerreur trotskiste et de la plupart des critiques de lInternationale Communiste résident dans la confusion entre les périodes de « crises aiguës » de la situation mondiale et lensemble du processus de la révolution mondiale. Le premier tournant nest pas le VIIe Congrès, mais le IIIe Congrès de lInternationale Communiste, sous Lénine lui-même. En effet, lInternationale Communiste se penche sur les causes de la défaite de la révolution et en souligne plusieurs, notemment la diversité des situations nationales :
LInternationale Communiste, qui a vu ses sections et ses forces augmenter considérablement, est confrontée désormais à la difficulté de diriger un mouvement communiste international dont les tâches sont aussi diverses que complexes :
Ce nest donc ni la déclaration de dissolution de lInternationale Communiste ni son VIIe Congrès qui posent le constat de la diversité des situations et de la nécessité den tenir compte ! Le IIIe Congrès estime dailleurs que cette diversité influe également sur les formes organisationnelles :
De la même façon et plus précisément la tactique et le programme des différentes sections doivent sancrer dans les caractéristiques historiques et sociales spécifiques :
En ce qui concerne le programme :
La sous-estimation de la social-démocratie et le sectarisme. Le mot dordre « Allez aux masses ! », lancé par le VIe Congrès de lInternationale Communiste et qui fut lobjet de débats au IIIe, IVe et Ve Congrès, est le résultat du nouveau contexte, du rapport des forces et de lappréciation qui en découlait sur la question de la révolution mondiale et de la nécessité du Front Unique :
La tactique du Front Unique se heurta au sectarisme gauchiste de plusieurs sections (notamment en France et en Italie...), dont lanalyse volontariste sous-estimait limplantation social-démocrate dans la classe ouvrière. À linverse une tendance opportuniste de droite interprétait le Front Unique comme une collaboration avec les chefs de la social-démocratie. Ce sont exactement le même débat et les mêmes tendances que lon verra au VIIe Congrès, avec les mêmes accusations gauchistes (Bordiga) dénonçant la tactique formulée par Lénine du Front Unique comme « droitière et de collaboration de classe ». Le Ve Congrès tire le bilan des premières expériences de Front Unique et le parallèle est frappant avec le VIIe Congrès et le Front Populaire : « Sous linfluence dinsuccès, on a tenté de réviser notre tactique de Front Unique », constate Zinoviev, parlant au Congrès comme porte-parole du Comité Exécutif et dénonçant les critiques de Bordiga, qui utilisait les déviations de droite pour sattaquer frauduleusement à la ligne juste du Front Unique :
LInternationale Communiste, dans la phase de « stabilisation » du capitalisme après la première vague révolutionnaire, met au devant des tactiques de Front Unique dont le but est de ne pas se couper des masses, tout en luttant contre linfluence néfaste des chefs sociaux-démocrates, afin de préparer la seconde vague révolutionnaire quelle prévoit. Aussi lInternationale Communiste lutte-t-elle contre la droite, qui lance au Ve Congrès une offensive pour que soit approuvée leur alliance sans principe et au sommet avec les directions social-démocrates, et contre les gauchistes, qui, eux, exigent labandon du Front Unique en tant que ligne tactique :
Pour éviter la reproduction de ces déviations, le Ve Congrès apporte les précisions suivantes sur la tactique du Front Unique :
Et de démasquer la tendance gauchiste comme suit :
Enfin lapplication de la tactique du Front Unique relève pour le Ve Congrès de l« analyse concrecte de chaque situation concrète » :
Une telle tâche dadaptation aux situations est confiée directement à lInternationale Communiste :
Le Ve Congrès conclut donc à une direction plus centralisée de lInternationale Communiste, dont la vocation à devenir un véritable Parti Communiste mondial reste un objectif à atteindre. Devant certaines réticences de certaines sections sur le plan de la discipline, devant les déviations à droite et à gauche de la ligne de lInternationale Communiste,
En fait entre le IVe et le Ve Congrès, la question allemande, de par son importance et de par les événements qui sy déroulaient, avait été au centre des préoccupations de lInternationale Communiste. Dans la lutte contre les déviations de droite et de gauche de la ligne tactique du Front Unique, lInternationale Communiste dans cette période sétait surtout occupée des grandes sections. Lobjectif de devenir un véritable Parti Communiste mondial nen devenait que plus explicite, avec les plaintes et réclamations de maintes sections, mettant en évidence les difficultés, malgré une volonté nettement affirmée de diriger un mouvement communiste dans un contexte de reflux révolutionnaire, où les spécificités de chaque nation reviennent au premier plan et où le développement inégal des forces communistes et des situations politiques différencie et rend très complexe la tâche.
Au delà de ces propos qui nont pas tous la même signification et la même valeur, on ne peut que constater la complexité et la diversité des questions que confrontent lInternationale Communiste. Mais en plus de ces demandes que lInternationale Communiste se « mondialise » et se penche sur les problèmes de chaque section, une attaque contre le centralisme démocratique et le Comité Exécutif se développe à ce congrès. Cest une double attaque de droite et de gauche qui cherchait à remettre en cause la discipline centralisée.
Ces précisions de Radek, pourtant droitier, indiquent les difficultés de lInternationale Communiste à faire respecter la discipline et les décisions des congrès antérieurs. Au sein même du congrès, les opportunistes de droite et de gauche sattaquent à lExécutif lui-même :
Ces différentes citations ne sont ni homogènes, ni exhaustives. En effet, nous avons livré pêle-mêle des positions de droite et de gauche tendant à remettre en cause laspect « centralisme » dans le principe du centralisme démocratique. Les leaders de droite (Radek) ou de gauche (Bordiga) finissent, devant les critiques du Congrès, par affirmer leur accord verbal avec un Parti Communiste mondial « discipliné » et « monolithique », selon les termes mêmes du Congrès. Il nen demeure pas moins quun certain nombre de constats simpose au sortir du Ve Congrès : la période de stabilisation du capitalisme et de reflux de la vague révolutionnaire rend plus important la question des spécificités nationales que loffensive antécédente avait amoindrie ; les Partis Communistes tendent à passer de « sociétés de propagande » en Partis de masses ; le rythme de leur développement est inégal dun pays à un autre ; les situations politiques auxquelles sont confrontés les Partis Communistes des différentes pays varient ; leur implantation et le rapport de forces entre les Partis Communistes et les partis de la IIe International varient aussi. Sappuyant sur ces conditions complexes, et mettant au devant les « spécificités nationales », les opportunistes de droite tentent de faire dévier le Front Unique, et les opportunistes de gauche, prenant prétexte de cela, tentent damener à labandon même du principe du Front Unique. Le Congrès condamne ces deux déviations. Dans ce cadre général, le Congrès affirme que le développement de lInternationale Communiste comme Parti mondial des communistes est un long processus, loin dêtre gagné et qui sera parcouru de nombreuses embûches :
Le point de vue subjectif et idéaliste sur lInternationale Communiste doit être abandonné. Le mérite et la richesse de lInternationale Communiste est davoir entamé le travail de construction dun mouvement communiste international organisé, davoir clarifié un nombre considérable de questions théoriques, davoir démasqué à chaque fois lopportunisme de droite et de gauche, davoir aidé un certain nombre de Partis Communistes à devenir des partis de masses qui comptent et partant davoir été à lavant-garde des gigantesques luttes de classes et des luttes de peuples opprimés tout le long de son existence. Et, pour les générations de communistes daujourdhui, davoir laissé un héritage théorique, idéologique et politique considérable, qui est une véritable source dinspiration. Le point de vue subjectif empêche de saisir lapport réel de lInternationale Communiste, de saisir lévolution de son analyse et en définitive toute son importance historique et tout lapport quelle constitue encore aujourdhui pour nous, où le recul quantitatif et qualitatif du mouvement communiste international oblige à reconstruire en maints endroits les partis du prolétariat et à envisager leurs modes de liaisons et de collaborations. Le mot dordre de bolchévisation des sections, lancé par le Ve Congrès, a pour objet de faire rompre les sections davec les traditions social-démocrates qui persistent encore après Ve Congrès. Sur le plan organisationnel, la bolchévisation est la réorganisation des sections sur la base des cellules dentreprises :
LInternationale Communiste ne considère pas à lépoque ses sections comme de réels Partis Communistes de masses à la hauteur de lexigence de la situation et des tâches, et son objectif est défini comme suit :
3. La fin de la période de « stabilisation relative » et la nouvelle crise du capitalisme (1929-1933). Le VIe Congrès du Komintern se déroule au moment où se développent les bases dune nouvelle crise sans précédent du système impérialiste. À un moment où tous les idéologues bourgeois nient toute nouvelle crise, le VIe Congrès se distingue en annonçant, en 1928, une crise générale. La crise de 1929-1933 est venu prouver, encore une fois, la supériorité de lanalyse marxiste. Le VIe Congrès conclut de son analyse la fin de la période de « stabilisation » :
Le VIe Congrès conclut à une exacerbation des contradictions de limpérialisme :
À lintérieur des contradictions inter-impérialistes, le VIe Congrès souligne la contradiction entre pays vainqueurs et pays vaincus de la guerre 14-18. Cest justement dans ces pays vaincus que se développent principalement dimportants mouvements fascistes, ayant comme thématique le refus du traité spoliateur de Versailles et le discours sur le relèvement national. Cette contradiction inter-impérialiste poussait les événements vers une guerre impérialiste, même si les retournements de situation étaient toujours envisageables et nécessitaient la vigilance sur la question de la défense de lU.R.S.S. :
Ce nest donc pas le VIIe Congrès, ni un coup dÉtat dans lInternationale Communiste, qui avaient amené à laffirmation dune telle tâche de défense de lU.R.S.S. par le prolétariat international, mais cest bien le VIe Congrès qui confirme en cela les congrès antérieurs de lInternationale Communiste, qui indiquent le lien indissoluble entre les intérêts de lU.R.S.S. et les intérêts du prolétariat mondial et des peuples opprimés dans leur lutte pour la suppression du système capitaliste. De cette analyse le VIe Congrès en déduit les tâches suivantes : Lutte pour la paix et en cas de conflit, la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire ; Lutte pour la défense de lU.R.S.S. par tous les moyens ; Soutien aux mouvements de libération nationale dans les colonies notamment en Chine ; Maintien et intensification de la lutte contre lopportunisme de droite, qui idéalisait la stabilisation capitaliste et ne voyait pas les germes dune crise générale alguë, et lopportunisme de gauche, qui, comme au Ve Congrès, refusait le Front Unique. Déjà au IVe Congrès, en 1922, lInternationale Communiste avait signalé que :
Le VIe Congrès reprend cette analyse dans son programme pour la révolution mondiale et donne les précisions ci-après : Sur les conditions historiques démergence du fascisme :
Le fascisme émerge donc sur le terreau de la crise de la démocratie parlementaire bourgeoise, en situation de crise économique grave grosse de risques de guerres civiles et dune intensification de la lutte de classe. Ces conditions se caractérisent par :
Sur sa nature de classe :
Sur sa base de classe :
Ses objectifs de classe :
Conséquence sur la tactique et lorganisation. Le VIe Congrès tire comme conclusion de son analyse la nécessité du Front Unique, sans affaiblissement pour autant des critiques vis-à-vis de la social-démocratie, qui demeure le second recours du capital en situation de crise :
Le Front Unique antifasciste est donc bien une tactique visant à unir les masses ouvrières dans le combat antifasciste, tout en démasquant la direction social-démocrate. LInternationale Communiste en appelle aussi à dautres tâches :
De ces propos clairs lInternationale Communiste en déduit en matière dorganisation que :
Pour lInternationale Communiste, la situation complexe et lourde dune nouvelle conflagration mondiale peut éventuellement mettre en opposition momentanée « les intérêts particuliers et locaux » et les « intérêts généraux et permanents » du mouvement communiste international. Et cest sur la base des « intérêts généraux et permanents » du mouvement communiste international quil convient danalyser la période historique qui va succéder au VIe Congrès et surtout la Seconde guerre mondiale antifasciste. Il apparait clairement ici que ce nest ni le VIIe Congrès, ni le Comité Exécutif issu de ce congrès, ni lU.R.S.S., qui au cours de la guerre mondiale de 1939-1945 auront « imaginé ce truc » pour dissoudre lInternationale Communiste. Ces accusations éludent le fait que cest déjà le VIe Congrès, à un moment où le caractère de la guerre en préparation restait encore impérialiste, qui envisagea cette possibilité. Le VIe Congrès reste conscient que la discipline internationale ne peut se réduire à une simple exécution des ordres venus den haut, et la Commission des Statuts déclare, dans une formule sans ambigüité, qu« il nest pas possible au Comité Exécutif de diriger lInternationale Communiste depuis Moscou » ; pour suivre de près les réalités nationales diverses et multiples de la lutte de classe, le Comité Exécutif mit sur pied des « bureaux » censés soccuper des aires géographiques précises (Europe Centrale, Orient, etc...) et le Congrès décida que des instructeurs suivraient les travaux des Comités Centraux des Partis afin que le Comité Exécurif puisse tenir le plus possible compte des réalités concrètes sur le terrain et que ses décisions puissent être contrôlées dans leur application par les sections. Cétait dailleurs là le renforcement dune pratique ancienne datant du vivant de Lénine.
4. La victoire du fascisme en Allemagne et le VIIe Congrès de lInternationale Communiste (1934-1936). Entre le VIe Congrès et le VIIe Congrès, la situation internationale évolue rapidement apportant à la fois confirmation des analyses de lInternationale Communiste et faisant apparaître des traits nouveaux dune très grande importance. La crise et la sortie de la période de « stabilisation relative » du capitalisme est dès 1929 une réalité éclatante indéniable. Cependant lU.R.S.S. connaît un développement sans precédent impulsé par le Premier Plan Quinquennal, faisant du socialisme une alternative de plus en plus crédible pour un nombre croissant des masses à travers le monde. Après le succès du Premier Plan Quinquennal, une véritable guerre économique est déclenchée contre lU.R.S.S. (sabotage, freinage des importations, embargo et refus de crédits, campagne de dénigrement ...). Et pourtant la crise des débouchés est telle quelle décuple la concurrence entre les pays impérialistes qui chacun cherche à maintenir son accès au marché Soviétique, seul marché ne connaissant pas la crise. Ainsi certains secteurs, comme celui des constructions mécaniques nont tenu que grâce à lexistence dun dynamique marché Soviétique dans cette mer déconomies effondrées et désarticulées par la crise de 1929. Cest dailleurs là les deux raisons essentielles du non déclenchement de la guerre à ce moment : laccès au marché Soviétique et la mobilisation du prolétariat mondial contre la guerre, y compns lU.R.S.S., dont la solidité et la force militaire et économique est un motif supplémentaire. Cest ainsi que, dans chaque pays impérialiste, cest dans lexacerbation des contradictions inter-impérialistes que la solution de la crise est recherchée, en particulier dans les pays vaincus qui, parce que manquant de colonies, ressentent plus encore ce besoin de débouchés. Le Japon sengage le premier dans la guerre, en agressant en 1931 la Chine et en semparant des intérêts occidentaux dans ce pays. Seul lU.R.S.S. et lInternationale Communiste soutiennent activement le peuple Chinois. Les puissances impérialistes inaugurent une nouvelle politique qui sera bientôt connue sous le vocable de « non-intervention », laquelle va connaître ses lettres de noblesse avec lAllemagne nazie, et dont lessence consiste à pousser les puissances vaincues à rechercher des débouchés vers les colonies « libres » et dans une guerre contre lU.R.S.S. Une autre caractéristique de la crise de 1929 est quelle ne connaît pas de reprise comme dans la crise classique de surproduction, mais débouche sur une longue période de dépression qui conduira dailleurs à une nouvelle crise économique en 1937. Cest une crise générale profonde et durable, qui pousse toutes les bourgeoisies à accentuer la pression sur la classe ouvrière et les peuples opprimés et, pour un nombre important dentre elles, à rechercher dans la dictature fasciste la solution à la crise. Cest surtout dans les pays vaincus de la guerre impérialiste de 1914-18 quune telle perspective va se réaliser. Et en Allemagne, dès 1932-33, les nazis sinstallent au pouvoir.
Le contexte et son analyse. La victoire du fascisme fut une sérieuse défaite de la classe ouvrière allemande avec comme conséquence la dictature ouverte contre la classe et son Parti, le développement sans précédent des tendances réactionnaires des démocraties bourgeoises et laccroissement des organisations fascistes, laccélération des menaces de guerres inter-impérialistes et/ou contre lU.R.S.S. Deux questions centrales traversent le VIIe Congrès : la lutte contre le fascisme et la lutte contre la guerre.
a) La lutte contre la guerre. Le VIIe Congrès met en exergue le fait que :
Cette loi du développement mise en évidence par Lénine renforce les risques de guerre sur la base des contradictions inter-impérialistes à la fois dans le camp des vainqueurs de la guerre 14-18, mais aussi entre ces pays et les vaincus, ce qui débouche sur une rupture de léquilibre imposé par le traité de Versailles. Ercoli en parle en ces termes :
La contradiction inter-impérialiste pour la conquête du plus de débouchés possible au détriment des concurrents, conduit chacun à exploiter encore plus son propre prolétariat afin de pouvoir se permettre le « dumping » nécessaire pour sintroduire dans les sphères dinfluence des autres. Cette situation accroît donc la contradiction bourgeoisie-prolétariat. Le fascisme est la réponse, dans certains pays, de la bourgeoisie à lexacerbation de cette contradiction. Le VIIe Congrès poursuit en mettant en évidence trois traits nouveaux qui ont vu le jour depuis le VIe Congrès :
Ces trois traits agissent de façon contradictoire et en interaction, et de léquilibre entre ces facteurs dépendra lévolution des événements et lorientation quaura la guerre à venir. Le développement impétueux de lU.R.S.S. à un moment où le monde entier est en crise, renforce son autorité internationale et sa politique de paix :
Ceci amène à un antisoviétisme dont le militarisme fasciste japonais et le nazisme allemand se servent pour obtenir un soutien dans la perspective promise dune croisade antibolchévik. Dès lors, le fascisme apparaît comme lennemi principal au yeux du VIIe Congrès :
Ces propos datent de 1935, à un moment où de nombreuses bourgeoisies, en opposition objective au fascisme allemand, manuvrent pour orienter ses velléités agressives vers lU.R.S.S. :
Ceci devrait faire réfléchir ceux qui adoptent facilement la haineuse campagne bourgeoise contre le Pacte de non-agression Molotov-Ribbentrop de 1939. Retenons pour linstant que lhistoire confirmera totalement cette analyse du VIIe Congrès, de 1935, puisque la position de limpérialisme français, à ce moment disposé à un accord avec lU.R.S.S., résulte de la pression des masses, qui, dès 1934, avaient écarté par une action décisive la menace de prise de pouvoir par les fascistes français. La défaite du Front Populaire en 1937-38, va permettre à la bourgeoisie française de saligner sur la duplicité anti-soviétique de son homologue anglaise, brisant ainsi léquilibre relatif qui va précipiter lhumanité dans la guerre. Mais en 1935, le VIIe Congrès se propose dutiliser les contradictions inter-impérialistes pour renforcer le camp de la paix, à la tête duquel se trouve lU.R.S.S. :
Dès 1935, donc, le VIIe Congrès divise les pays capitalistes en deux parties dependamment de leur attitude objective vis-à-vis la guerre et la paix :
Ainsi en 1935, bien que définissant la guerre en préparation comme une guerre inter-impérialiste, le VIIe Congrès nen attire pas moins lattention sur des traits particuliers qui étaient en développement et qui vers 1939 vont arriver à maturité, faisant de la Seconde guerre mondiale une guerre antifasciste et de libération.
b) Lanalyse du fascisme. Dans un tel contexte, lanalyse du fascisme, perçu comme ennemi principal, savère dune importance particulière. Cest à Dimitrov, après sa lutte héroïque au procès de Leipzig, de partir des analyses dabord du IVe Congrès et des approfondissements du VIe, pour intégrer en les développant les éléments nouveaux apparus avec laccession de Hitler au pouvoir. En effet la victoire du nazisme en Allemagne, avec la place et le poids économique de cette puissance, permet dunifier les forces les plus réactionnaires au plan mondial autour du grand capital allemand. Cette fraction du grand capital, dans tous les pays effrayée par lessor de lU.R.S.S., laggravation de la crise et lampleur des luttes de classe et des luttes des peuples opprimés, cherche dans la dictature fasciste et la suppression de tous droits et de toutes organisations de classe, la solution pour maintenir sa domination de classe. En 1928, le VIe Congrès avait noté que le fascisme et la social-démocratie étaient les deux moyens, se renforçant mutuellement, par lesquels la bourgeoisie entendait pérenniser son pouvoir. Lattitude social-démocrate préférant Hitler à lalliance avec les communistes, notamment en Allemagne, en était une preuve éloquente. Le VIIe Congrès devait noter à son tour que la signification de la victoire des nazis en Allemagne consiste dans labandon par la bourgeoisie réactionnaire au pouvoir de tout habillage démocratique, avec comme conséquence, non seulement la répression la plus féroce qui soit contre les communistes, mais aussi contre toutes les forces démocratiques :
Sans nous attarder sur le VIIe Congrès, ce dernier congrès de lInternationale Communiste préconise le Front Unique et le Front Populaire antifasciste, dépendamment de la situation objective, tout en attirant lattention contre les déviations opportunistes de droite et de gauche de sa ligne, que les autres congrès avaient déjà combattues.
Conséquence sur lorganisation. Le VIIe Congrès se tient à un moment où le mouvement communiste international avait beaucoup grandi, résultat des efforts de bolchevisation de lInternationale Communiste depuis le VIe Congrès. LInternationale Communiste passe ainsi de 65 partis en 1928 à 76 au VIIe congrès et de 3 millions 835.000 membres à 6 millions 800.000 en 1935. Toutefois :
Ce sectarisme constituait un handicap empêchant les Partis Communistes de se mettre à la tête des masses dans le combat revendicatif et antifasciste. Entre le VIe Congrès et le VIIe Congrès, ce type derreur était un danger réel, alors que lon a vu quau Ve Congrès laccent avait été fortement mis sur lopportunisme de droite. Les racines de ce gauchisme trouvaient leur source à la fois dans une réaction à la trahison des dirigeants sociaux-démocrates, qui sabotaient les tentatives de réalisations du Front Unique surtout à la base, mais également dans la complexité et la rapidité de mutation des situations :
À partir dun tel bilan concret des difficultés rencontrées, des modifications en matière dorganisation sont introduites afin dy remédier :
En plus de ce facteur, il y a le fait que la plupart des sections sont devenues de véritables partis de masses :
Cest sur cette base que :
Concernant dorénavant le rôle du Comité Exécutif, il est décidé :
Cest donc dès 1935 quest décidé, devant la situation objective, les besoins concrets de la lutte de classe et les acquis du travail antérieur, la cessation de la direction centralisée de lInternationale Communiste et des sections la composant, et non en 1943, date de la dissolution de lInternationale Communiste. Cest dans le même souci dêtre au plus près des réalités et des nécessités du combat de classe, quest modifiée lorganisation de lInternationale Syndicale Rouge (I.S.R.) :
Ces transformations capitales dans lorganisation et la direction de lInternationale Communiste, résultent de lévolution de la situation, qui se caractérisait par laccroissement du développement inégal, de la diversité et la complexité des contextes nationaux, du besoin dune adaptation rapide aux évolutions sans cesse accélérées des rapports de forces dans chacun des pays et au plan international, de la taille et maturité atteinte par les Partis Communistes dans les grands pays capitalistes, qui drainaient des millions et des millions de membres. À lexemple des événements en France en 1934, où les masses spontanément, puis sous la direction du P.C.F. ont stoppé net lassaut et le coup dÉtat fasciste, après avoir tiré les leçons de la prise de pouvoir par les hitlériens en Allemagne un an plus tôt. Évidemment ces transformations et cette « décentralisation » de lInternationale Communiste nétaient en aucune façon un blanc sein donné au « libre » développement des déviations de droite et de gauche. LInternationale Communiste na jamais cessé de bander ses forces pour lutter contre ces déviations (même si on sait que plusieurs Partis, beaucoup plus tard, vont tomber dans le révisionnisme). Mais dans limmédiat, ces mesures vont surtout permettre, au moment de la conflagration généralisée, que partout les sections nationales de lInternationale Communiste vont jouer le premier rôle et tenir la place décisive dans la lutte antifasciste, dans la résistance et dans linstauration des Démocraties Populaires dirigées par des Partis Communistes dans les pays de lEst. Les déviations de droite du P.C.F. et du P.C.I. (Italien) notamment, ne doivent pas nous masquer limportance des victoires grâce aux tactiques justes de lInternationale Communiste, émises par le VIIe Congrès, qui, conscient de tels risques, en avait averti les sections :
Lavertissement est clair, il se passe de commentaire et indique que lInternationale Communiste na pas du tout sous-estimé les risques, mais les a pris en compte pour prendre ses décisions, qui auront permis au Partis Communistes de prendre les initiatives en temps et en heure dans la lutte contre le fascisme.
5. La période de la guerre et la dissolution de lInternationale Communiste (1937-1943) Sans nous étendre sur les événements qui séparent le VIIe Congrès du déclenchement de la guerre, penchons-nous sur la situation et le système de contradictions en 1943, date de la dissolution de lInternationale Communiste. La contradiction qui détermine toutes les autres et dont lexpression concrète et militaire est celle opposant par la guerre le camp fasciste et anti-fasciste. Le camp anti-fasciste na pas existé spontanément, mais résulte de léchec total de la stratégie des puissances impérialistes française, anglaise et américaine dans leur stratégie de canalisation de lagression hitlérienne vers lEst, vers lU.R.S.S. Rappelons-nous en effet que, malgré les propositions répétées de lU.R.S.S. et du Komintern (lInternationale Communiste) sur la nécessité dune politique commune de « sécurité collective » des « pays épris de paix » afin disoler les États fascistes dès 1935, ces pays impérialistes ont tenté pendant près dune décennie de sentendre avec Hitler pour isoler lU.R.S.S. et orienter les visées du IIIe Reich vers cette dernière. Ainsi en 1941, lagression fasciste et la menace de sa domination sur le monde réalise de fait lalliance de lU.R.S.S., des pays impérialistes agressés et des peuples colonisés dans un seul et même camp anti-fasciste. Ce changement qualitatif et momentané du système de contradictions se réalise au cours du processus-même des événements, où des retours en arrière sont possibles. Par exemple, lors de la guerre russo-finlandaise, au moment de cette parodie de guerre que lon appelle « drôle de guerre » entre dune part lAllemagne et dautre part la France et lAngleterre, cest contre lU.R.S.S. que se développent les volontés dagression, notamment franco-anglaises, qui nont pas hésité dy envoyer des troupes du coté finlandais, alors que lU.R.S.S. cherchait à renforcer sa capacité de défense contre linévitable agression nazie. De même, au fur et à mesure que les hitlériens subissaient des défaites à lEst face à lArmée Rouge, au fur et à mesure le système de contradictions évoluera vers ce que lon appellera plus tard la « guerre froide », cest-à-dire que lopposition entre le socialisme et le capitalisme prenait le dessus sur lalliance antifasciste... Cest aussi une évolution similaire que lon peut observer entre les puissances impérialistes et les peuples opprimés. En 1943, cest justement lannée du grand tournant de la guerre où, avec la victoire décisive de Stalingrad, des retournements dalliance sont envisagés sérieusement dans les chancelleries occidentales. Limpérialisme mondial prend de plus en plus peur du rapport de forces en sa défaveur qui sannonce pour laprès-guerre. Même la littérature bourgeoise est pleine de récits montrant la recherche effrayée dune possibilité de retournement ou de rupture de lalliance. La question qui se posait dès lors au mouvement communiste international et à lU.R.S.S., cétait : que faire pour quun tel projet ne puisse pas voir le jour ? Lon sait que, dès la capitulation de Von Paulus, le maréchal hitlérien devant les portes de Stalingrad, les nazis ont lancé une vaste campagne sur le thème du « rideau de fer qui tombe sur lEurope », dans le but dapeurer les impérialistes alliés avec lU.R.S.S. dans le front antifasciste. Le but de cette propagande de Gbbels était de briser le front antifasciste et de favoriser un retournement dalliance. Dans cette agitation fébrile et affolée des nazis, il désignait lexistence formelle de lInternationale Communiste comme la « preuve » de leurs assertions sur la « cinquième colonne bolchévik manipulée par Moscou ». Il fallait donc mettre en place tous les éléments permettant de renforcer la lutte antifasciste, qui avait comme principal but le renforcement des forces du socialisme et de la lutte des peuples opprimés. Dans certains États capitalistes, la frayeur de la bourgeoisie était telle, quelle a choisi de sallier avec les fascistes contre les communistes et la population luttant pour la libération. Dans dautres États, cest une partie significative de la bourgeoisie qui a fait le choix contraire. Dans la majorité des cas, la situation est plus complexe, la bourgeoisie se scindant en deux ou plusieurs fractions avec des choix divers. Comme on le voit, le système de contradictions est dune grande complexité, évolue très vite et est dune très grande mobilité dans un sens comme dans un autre selon les cas. En plus, la situation de guerre à proprement parler rend impossible un système de direction centralisé de lInternationale Communiste. Cest dailleurs ce que nous explique précisément la Résolution relative à la décision de dissolution de lInternationale Communiste, prouvant du même coup la grande force idéologique que révèle le fait que lInternationale Communiste ait prévu dès le VIIe Congrès une telle possibilité et en ait tiré les conclusions organisationnelles adéquates :
En effet, le VIIe Congrès, en 1935, avait maintenu comme tâche du Comité Exécutif lélaboration des orientations générales. Il avait été souligné que lExécutif se rapproche des réalités concrètes des situations nationales, afin déviter que les orientations générales de lInternationale Communiste ne soient un frein au développement du mouvement sur le terrain. Pour ce faire, le VIIe Congrès avait adopté une série de décisions que nous rappelons : élaboration de Commissions par grandes zones géographiques ; mise en place de Conseillers auprès de chaque Comité Central ; séances plénières de lExécutif plus régulières et plus nombreuses ; augmentation du nombre des membres de lExécutif, afin que le plus grand nombre de pays et de Partis soient représentés ; demande au Parti Communiste denvoyer à lExécutif leurs cadres pour lanalyse de la situation de leurs pays. Lensemble de ces mesures avait pour objet, après le transfert par le VIIe Congrès de la direction à chaque Comité Central, de se donner les éléments les plus nombreux possibles pour lélaboration des orientations générales. Après le déclenchement de la guerre, sont mis sur pied des Centres par Zone de lInternationale Communiste. Cest le cas du Centre de Bruxelles, tout le temps que ce pays nest pas touché par la guerre. Mais lextension du conflit au monde rendait difficile, avec la chasse aux communistes et aux représentants de lInternationale Communiste, le fonctionnement de ces Centres. Les liaisons de ces Centres de Zone avec le Comité Exécutif devenaient de plus en plus intermittents, de moins en moins régulières. Objectivement, une direction, même élaborant les orientations générales, devenait de plus en plus impossible et inefficace. Maintenir un tel centre, dont lexistence était devenu toute formelle, cétait retarder sur la vie, et dogmatiquement nuire à la tâche du moment de maintien et de renforcement de la lutte contre le fascisme. Dès lors, chaque Parti Communiste a été amené à faire le travail à partir des réalités concrètes au plan national. Les résultats en sont limportance de premier plan de limplication des Partis Communistes dans la libération antifasciste de chacun des pays. Une telle implication des Partis Communistes dans la libération antifasciste a été préparée par lInternationale Communiste lors de son dernier congrès, en 1935. Cette situation explique aussi lexistence des positions apparemment contradictoires sur lanalyse de la nature de la guerre à travers ses diverses phases et des tâches des Partis Communistes. Les théoriciens bourgeois et trotskistes ont tenté multiples fois de trouver les racines dune divergence au sein du mouvement communiste international en opposant, par exemple, les positions de Dimitrov en 1939, caractérisant à ce moment la guerre comme anti-impérialiste, à celle des différents Partis Communistes la caractérisant à des moments différents de guerre antifasciste et à celle de J. V. Staline en 1946 caractérisant la guerre dantifasciste et de libération du début à la fin. La contradiction dans certains cas a pu être réelle, certains Partis Communistes utilisant la dimension antifasciste de la guerre pour justifier leur opportunisme et dautres persistant dans la caractérisation inter-impérialiste pour justifier leur sectarisme de gauche, alors que la situation exigeait un large front antifasciste. Mais ces cas sont limités. Dans la majorité des cas, les Partis Communistes se sont acquittés des devoirs qui leur incombaient dans la lutte pour la défaite de la bête immonde fasciste. Dans ces cas, lapparente contradiction était le reflet de la diversité des situations concrètes dans lesquelles militaient les différents Partis Communistes et limpossibilité objective de rassembler les matériaux indispensables à lélaboration de la ligne générale. Cest ce quexplique la Résolution de dissolution de lInternationale Communiste :
Quand au processus de la connaissance lié à labsence de matériaux suffisants pour élaborer une orientation générale cernant en détail lhétérogénéité croissante des situations, la question de la nature de la guerre montre les étapes suivantes : Le VIIe Congrès analyse les tendances principales de la guerre en préparation comme une guerre inter-impérialiste, mais met en évidence, déjà en 1935, des dimensions croissantes antifascistes. Au début de la guerre, les politiques de la « drôle de guerre » et les tentatives dinterventions coalisées franco-anglaises en Finlande contre lU.R.S.S., semblent orienter le cours des choses vers une guerre contre le socialisme. Cest là à coup sûr la dernière péripétie de la politique de « non intervention » franco-anglaise que linvasion hitlérienne de la France va définitivement briser. Rappelons que lavant-dernière péripétie de la duplicité des États capitalistes « démocratiques » est quau moment des négociations qui vont déboucher sur le « Pacte de non agression » proposé par Hitler et saisi par la direction Soviétique, les pourparlers de Moscou sont menés par des délégués anglais et français sans réel pouvoir de décision. Lagression de lU.R.S.S. en 1941 et la formation de la coalition antifasciste permet de caractériser sans aucun doute possible la guerre comme étant antifasciste et de libération nationale. Ce nest quaprès la guerre et au regard de lensemble de lévolution des différentes étapes du conflit, que suffisamment déléments sont réunis pour permettre de caractériser définitivement la seconde guerre mondiale comme une « guerre antifasciste et de libération nationale ». Seuls les tenants de lanalyse subjective et éclectique ne parviennent pas à saisir que la pertinence dune analyse découle de la prise en compte du maximum de facteurs matériels et objectifs. À ce niveau, il ne sagissait plus seulement du fascisme dans les rapports intérieurs de classes dun pays donné, mais de la tentative, là bien réelle, de mise en application du programme fasciste dhégémonie mondiale et d« éradication du bolchevisme mondial ». Il ne sagissait plus seulement dune lutte inter-impérialiste pour les colonies et les zones dinfluences comme en 1914-18, mais bien de transformer tous les peuples du monde, y compris les autres puissances impérialistes de la coalition antifasciste, en valets soumis à la domination du IIIe Reich. En 1943, le Comité Exécutif de lInternationale Communiste avait donc cessé dêtre en mesure de fournir les orientations générales dont le VIIe Congrès lavait chargé, non par trahison ou par défaillance, mais par impossibilité objective due à la guerre. La mission confiée par le dernier Congrès de lInternationale Communiste au Comité Exécutif était devenue caduque parce que matériellement et objectivement impossible.
La dissolution de lInternationale
Communiste : Aux raisons avancées ci-dessus, il faut en avancer une autre. Cest le travail antécédent de lInternationale Communiste, avec la formation de cadres compétents, qui a permis que la plupart des Partis Communistes ont suppléé à linexistence dorientations générales, par des élaborations justes répondant aux besoins de lheure, comme latteste le fait que la plupart des Partis Communistes ont été à la tête de la résistance antifasciste. Que certains des Partis Communistes connurent des déviations droitières importantes, comme le stigmatise la réunion de constitution du Kominform en 1947, nenlève en rien ce constat à la gloire du mouvement communiste international. Continuer à vouloir maintenir une forme dorganisation périmée du mouvement communiste international avec un centre dans limpossibilité de mener à bien sa tâche, cétait se condamner par dogmatisme puéril à desservir, non seulement les besoins concrets des luttes dans chaque pays, mais aussi à léchelle internationale la lutte pour lécrasement du fascisme :
La référence à la Première Internationale nest pas anodine. Elle reflète le fait que lInternationale Communiste est consciente que certaines sections, certains communistes sappuient sur la nécessité du Front Antifasciste pour justifier des déviations opportunistes de droite. Le Kominform critiquera très sévèrement trois des plus importantes sections de lInternationale Communiste pour de telles déviations : les Partis Communistes Américain, Italien et Français. Sur la procédure de dissolution, point nest besoin dargumenter plus sur limpossibilité de réunir au cours de la guerre toutes les sections en Congrès. Au total, 31 sections ont approuvé la dissolution de lInternationale Communiste et aucune opposition ne sest exprimée, et le reste des sections na pu faire parvenir sa position à cause justement des conditions de guerre. Cest donc une décision démocratiquement prise. Reste la question du moment de la dissolution, puisquelle avait pratiquement cessé dexister depuis plusieurs années. Outre la nécessité déviter que certains déviationnistes nutilisent la popularité et lautorité de lInternationale Communiste au sein des peuples et du prolétariat mondial pour justifier leur opportunisme grandissant nous pensons aux premiers balbutiements de leurocommunisme, du titisme... , cest dans le contexte et les enjeux de la situation objective de 1943 quil faut en chercher les causes. Cest lannée de la victoire historique de lArmée Rouge à Stalingrad. Cest le grand tournant de la guerre, qui met fin aux espoirs nazis et constitue la première défaite des allemands depuis lavènement dHitler et sa marche triomphale vers la conquête du monde. Cette victoire a surpris non seulement les nazis, qui pensaient en finir assez facilement avec le bolchévisme, mais elle a aussi pris de court les alliés impérialistes antifascistes de lU.R.S.S. Elle les a confrontés aux implications éventuelles dune victoire possible de lU.R.S.S. LAllemagne nazie comprend dès lors limpossibilité dun combat sur deux fronts à la fois et tente de parvenir à un accord avec les Américains et les Anglais. Au fur et à mesure que se développait la contre-offensive soviétique, une formidable campagne de propagande animée par Gbbels était déclenchée dont le but était de rompre lalliance antifasciste. Les thèmes de cette campagne portaient sur le « rideau de fer qui tombe sur lEurope », lappel au « combat pour les libertés démocratiques et lindépendance des peuples dEurope », le danger ou la menace du « totalitarisme et de la barbarie bolchévik », etc... (On retrouve là tous les thèmes largement repris par lOccident impérialiste et par la nouvelle bourgeoisie soviétique qui vient de déboucher, avec la « pérestroika » gorbatchévienne, sur la contre-révolution « de velours »...) Dans cette propagande nazie, lexistence même formelle du Komintern devenait la « preuve » du fameux « péril rouge ». Une telle calomnie reçut un certain écho dans les pays de lalliance antifasciste, lesquels déjà se posaient la question des conséquences incalculables pour leurs intérêts de classe, dune éventuelle libération de toute lEurope par lArmée Rouge. Une fraction de la bourgeoisie américaine et anglaise, paniquant devant une telle perspective, se mit à reprendre les insinuations des fascistes . Ainsi le New York Times du 14 février 1943 écrivait :
Suite à de telles interrogations, de véritables provocations plus ou moins ouvertes furent montées par les alliés américains et anglais de lU.R.S.S., notamment à propos de la promesse de louverture du second front. LU.R.S.S. supportait à cette époque, seule, tout le poids essentiel de la guerre en Europe. Ce second front Européen devait être le débarquement en France des troupes anglo-américaines. Initialement prévu dabord en 1942, puis en 1943, il ne fut exécuté quen 1944.
On ne répétera jamais assez que ce sont les peuples de lU.R.S.S. et lArmée Rouge qui ont payé le plus lourd tribut dans la guerre contre la barbarie nazie. Les 23 à 30 millions de morts soviétiques auraient été moins nombreuses, si les alliés occidentaux avaient respecté leurs engagements douvrir le second front en France dès 1942. En lieu et place, dès le 15 avril 1943, le Gouvernement polonais en exil à Londres, lançait brusquement une campagne de presse anti-soviétique, en écho à la campagne nazie, reprise par la presse britannique, attribuant le « massacre de Katyn » à lU.R.S.S. :
Signalons que tout ce branle bas anti-soviétique fait suite à la victoire de Stalingrad. À cette duplicité et fourberie évidente, sajoute la décision Américano-Anglaise de fin mars 1943 de ne plus envoyer, par Mourmansk, les convois darmements promis à lU.R.S.S.
En 1942, sur les 240 divisions allemandes, 179 combattaient sur le front de lEst contre lU.R.S.S., auxquelles il faut ajouter les troupes alliées à lAllemagne nazie, dont des divisions de lEspagne franquiste, qui nétait pas officiellement en état de guerre et qui avait conservé des relations diplomatiques avec les États-Unis et lAngleterre. Au total donc, il y avait 240 divisions qui menaient la guerre contre lU.R.S.S., alors que face à l« Opération Torch », en Afrique du nord, il y avait seulement 4 divisions allemandes et 11 italiennes. La deuxième campagne des troupes anglo-américaines était un prolongement de l« Opération Torch » en Sicile puis en Italie. Le débarquement en Italie fut réalisé sans véritables combats, parce que des arrangements avaient eu lieu, et seules des troupes italiennes furent immobilisées et se rendirent sans opposition sérieuse. En fait, des négociations avaient été entamées dès lannonce de la victoire de Stalingrad et les offensives de lArmée Rouge qui avaient détruites 10 divisions italiennes. Les fascistes italiens furent visités par le Cardinal Francis Spellman de New York en février 1943. Une entente fut contractée entre le Vatican, les États-Unis et les fascistes italiens pour arrêter Mussolini et pour la formation dun gouvernement fasciste qui devait capituler ensuite, en facilitant la pénétration des troupes anglo-améncaines en Italie :
Et dajouter dans une autre déclaration que :
Cette duplicité des alliés de lU.R.S.S. était relatée dans un mémorandum du conseiller de Roosevelt en août 1943, William C. Bullit, qui lavisait dune « catastrophe politique » en Europe suite au désastre nazi devant Stalingrad. W. C. Bullit y déclarait que la conquête hitlérienne de lEurope était « une menace intolérable à nos institutions libres », mais il y affirmait aussi que « la domination de lEurope par la dictature communiste de Staline serait une menace aussi grande ». On voit là lorigine de la campagne « Staline égal à Hitler ». Le général américain Marschall, qui a donné son nom au « plan Marschall », suggérait dès août 1943 dagir à partir de la position suivante :
Et cest cela qui est devenu la pierre angulaire de la politique des États-Unis et de lAngleterre en 1943 : laisser lU.R.S.S. supporter seule tout le poids de la guerre, dans le but quelle sorte le plus affaiblie possible de cette terrible épreuve. Tout le calcul cherchait un rapport de force défavorable à lU.R.S.S. au sortir de la guerre, car après la défaite nazie lors de la gigantesque bataille de Koursk, au cours de cette même année 1943, lissue victorieuse pour lU.R.S.S. ne faisait plus aucun doute :
Au regard de toute cette fourberie et des besoins de la lutte antifasciste, le moment de la dissolution de lInternationale Communiste apparaît judicieux et opportun. Cest dailleurs ce quexprime J. V. Staline lui-même à lAgence Reuter le 28 mai 1943 :
Cétait la plate-forme soviétique contre la campagne hitlérienne cherchant à briser lalliance antifasciste, mais aussi contre les manuvres qui voyaient le jour chez les alliés bourgeois impérialistes de lU.R.S.S. Cétait le programme soviétique de ralliement des peuples à la lutte conséquente contre le fascisme. En 1939, le monde ne ressemblait pas tout à fait à celui daujourdhui, même si, avec la défaite de lU.R.S.S. et du socialisme, quelques comparaisons sont encore possibles, notamment la résurrection du fascisme en Europe. LAllemagne était hitlérienne ; lAutriche était fasciste ; le fascisme avait triomphé en Italie, en Espagne, en Tchécoslovaquie, en Roumanie, en Hongrie, en Yougoslavie, en Bulgarie, en Pologne, en Finlande. Hitler déclenche son « blietskrieg » et sempare de toute lEurope, à lexception de la Suisse et de lAngleterre, réduite à son île et subissant des bombardements en règle. Puis, utilisant toute la base infrastructurelle (économique et militaire) et le potentiel de tout le continent Européen, il se lance dans un assaut, dont la brutalité est sans équivalent dans lhistoire, contre la Patrie des Ouvriers et Paysans. Le Japon, de son côté, sétait lancé dans un programme de conquête militaire du continent asiatique. Alors si lon garde en tête les circonstances réelles et concrètes de la guerre et plus particulièrement celles de 1943, il apparaît clairement que le maintien « artificiel » dune forme dorganisation devenue périmée ne peut être que lexigence déléments dogmatiques au plus, atteints de la « maladie infantile » ou complètement en désaccord avec le caractère antifasciste et de libération nationale de la Seconde guerre mondiale. Une telle exigence ne pouvait que faire le jeu des hitlériens et des impérialistes, qui cherchaient à rompre le front antifasciste. Le programme décrasement des fascistes était la tâche fondamentale de lheure et le principe de la « soumission des intérêts particuliers et locaux aux intérêts généraux du mouvement » était la pierre angulaire de la politique communiste.
Ou cherchons-nous des explications ? Toute la littérature bourgeoise et impérialiste cite Trotski sur la dégénérescence de lU.R.S.S. en État « bureaucratique-totalitaire » et « nationaliste » et la transformation parallèle de lInternationale Communiste en « instrument servant les intérêts nationaux » de lU.R.S.S. Trotski nest jamais remis en question et des multiples versions de ses « théories » ont été et sont véhiculées par les formidables moyens de la bourgeoisie internationale. Krouchtchev est lautre personnage qui fut utilise par les impérialistes et les trotskistes pour accréditer toute la campagne anti- communiste qui na cessé de déferler ces quatres dernières décennies depuis lavènement des révisionnistes au pouvoir en U.R.S.S. Avant et pendant la Seconde guerre mondiale, il y avait une sympathie réelle et toujours croissante pour les formidables réalisations de lU.R.S.S. et lautorité et le prestige du mouvement communiste international connaissait un plein épanouissement. Cétait la période où le mouvement ouvrier et la lutte des peuples opprimés comptaient. Mais avec la « guerre froide », limpérialisme a embauché les anciens nazis et les a protégés, pour les utiliser, avec les trotskistes et la social-démocratie, dans sa croisade contre le communisme. Cette croisade reçut un écho désorganisateur avec la victoire des révisionnistes krouchtchéviens dans le P.C.U.S. dans les années 1950. Loffensive idéologique et subversive de limpérialisme trouva un allié « crédible » chez le révisionnisme et les eurocommunistes, déstabilisant le mouvement communiste international et laissant libre cours au développement des déviations de droite et de gauche tant combattues par lInternationale Communiste. Si lon prend la peine de étudier de près ces déviations opportunistes, on peut se rendre compte quelles nont pas surgi comme par enchantement de la « cuisse de Jupiter ». Elles sont le produits directs de loffensive de impérialisme et de la bourgeoisie mondiale depuis les premiers pas de la dictature du prolétariat et du pouvoir des Soviets en U.R.S.S. Nous sommes à une période historique où la contre-révolution, temporairement victorieuse, cherche à criminaliser le communisme et à discréditer le socialisme. Pour y arriver, tout est bon, lidéologie social-démocrate, le trotskisme, lidéologie fasciste dans ses multiples formes, le libéralisme, le nationalisme bourgeois... Il sagit déloigner à tout jamais la classe ouvrière et ses alliés (les peuples opprimés, les paysans) de son idéologie de classe et de la contribution historique des générations communistes et ouvrières qui réalisèrent les prouesses du passé. Devant une telle situation, nous avons un choix à faire : nous pouvons demeurer confus et trouver les prétextes les plus futiles pour ne rien faire et crier avec les loups, ou encore se renier honteusement comme beaucoup le font de nos jours ; ou nous pouvons et devons accepter de jeter un regard en arrière, en dépit de la complexité de ce qui est arrivé, et nous demander : si nous sommes en si mauvaise posture aujourdhui, à quel moment étions-nous, à quel moment le mouvement ouvrier et populaire, à quel moment la lutte de classe révolutionnaire et celle des peuples opprimés étaient-ils en meilleure position ? Et pourquoi étions-nous dans une telle position favorable ? Alors, si la théorie est autre chose quune somme de formules abstraites apprises par cur, si la théorie est plutôt lexpérience du prolétariat international et des peuples opprimés dans leurs luttes pour la libération et le socialisme, si la théorie est la somme des leçons de cette expérience, il est grand temps de sapproprier ces leçons. La situation actuelle de contre-révolution mondiale est très sérieuse. Nous ne pensons pas que lon puisse retourner celle-ci en un tour de main et passer immédiatement à la contre-offensive. Mais, à celles et à ceux qui sont de notre combat de classe, nous disons quil ny a quune façon dy parvenir : cest de se réapproprier les positions du prolétariat international, dont le premier acte est dassimiler les leçons et lexpérience théoriques et pratiques accumulées par le mouvement ouvrier et communiste mondial, telle que synthétisées et mises en pratique par Marx, Engels, Lénine, Staline, par le Parti Communiste (bolchévik) de lU.R.S.S., par le Comintern et par le Kominform... Nous devons nous servir et nous appuyer sur ces acquis afin de vaincre le révisionnisme, plutôt que de succomber devant loffensive bourgeoisetrotskiste, dont le but est de décapiter la conscience révolutionnaire de classe du prolétariat international et dempêcher la réorganisation de son avant-garde politique et idéologique. Lille, le 19 décembre 1992. Cercle Henri Barbusse de Culture Ouvrière et Populaire
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PCR (M-L)
« Sans théorie révolutionnaire, pas de
mouvement révolutionnaire... Seul un parti guidé par une théorie davant-garde
peut remplir le rôle de combattant davant-garde. » J. V. Staline
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