Des systèmes de contrôles (1)

Isabelle Aubert-Baudron


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Sommaire

A. INTRODUCTION

I Différentes sortes de pouvoir

- Selon Ray Funkhouser

- Selon John Kenneth Galbraith

II Différences entre pouvoir et domination : Funkhouser

III Les systèmes de contrôle

IV Techniques de contrôle permettant l'exercice de la domination

V Techniques de contrôle appliquées aux exécutants

VI Stratégies de non-contrôle

La deuxième partie de ce livre n'est pas en ligne.



A. INTRODUCTION

I Différentes sortes de pouvoir :

1. Selon Ray Funkhouser : "Le Pouvoir de Persuasion", Seuil :

  a) Le pouvoir de structure :

Il part du principe que des positions ou des rôles sociaux donnés confèrent certains droits, responsabilités et obligations vis-à-vis d'autres positions ou rôles sociaux.

  b) Le pouvoir de consensus :

Il intervient entre des personnes physiques ou "morales" et prend la forme d'un contrat tacite ou écrit.

  c) Le pouvoir de persuasion :

Il entre en jeu quand un individu veut en amener un autre à faire quelque chose et qu'il ne peut s'appuyer ni sur le pouvoir de structure, ni sur le pouvoir de consensus, pour arriver à ses fins.

  d) Le pouvoir de performance :

C'est la capacité de prendre des décisions efficaces.

 

  2. Selon John Kenneth Galbraith : "Anatomie du Pouvoir", Ed. du Seuil :

  a) Le pouvoir dissuasif :

"Il obtient la soumission de l'individu en le menaçant d'un châtiment physique ou moral suffisamment redoutable pour qu'il renonce à sa propre volonté. Le pouvoir dissuasif est depuis toujours associé au châtiment matériel - détention dans des conditions diversement pénibles, tortures plus ou moins imaginatives, mutilation, mise à mort. Et ce n'est pas un hasard Si toutes les sociétés admettent le caractère pénible de la plupart des châtiments volontairement exemplaires et la facilité avec laquelle ils versent dans la cruauté et si toutes disposent de réglementations modérant ou prétendant modérer leur usage. Rien ne condamne un pays ou un système de gouvernement comme le recours aveugle à de tels traitements."

  b) Le pouvoir rétributif :

"Il obtient le même résultat par l'offre d'une récompense ou d'une rétribution suffisamment avantageuse.

La mentalité sociale moderne trace toujours une nette démarcation entre pouvoir dissuasif et pouvoir rétributif. Ce dernier passe pour être bien plus civilisé, bien plus compatible avec la liberté et la dignité de l'individu. On juge la situation de l'ouvrier libre travaillant pour la paie supérieure à tous égards à celle de l'esclave dont la soumission à la volonté et aux fins de son maître est contrainte par la menace sanguinaire d'un châtiment physique.

La différence est certes grande, mais il faut l'attribuer davantage au développement économique qu'au progrès des Lumières. Dans les sociétés pauvres, l'écart entre l'assujettissement par la menace et par la récompense est faible; il ne devient essentiel que dans les sociétés riches. Quand la pauvreté était générale, les travailleurs libres peinaient dans la crainte de la famine et de toutes les autres privations auxquelles la rémunération de leur effort était le seul moyen d'échapper. Pour l'esclave, c'était la crainte du fouet. Le choix entre la famine et la flagellation pouvait se ramener à une question de goût...

Malgré le déclin du pouvoir dissuasif dans les sociétés modernes, surtout comparé au pouvoir rétributif, son antique prestige a survécu. Pour ceux qui possédaient autrefois le droit d'y recourir, il favorise encore la soumission d'autrui. Le mari, le père, le maître d'école, le policier, le shérif, le garde national, le videur de bar doivent tous leur autorité actuelle à leur ancienne association avec le pouvoir dissuasif.

Ici se dévoile également la racine de la tendresse des conservateurs pour la peine capitale, les châtiments corporels à l'école, la domination de l'homme sur la femme, l'octroi de pouvoirs plus sanguinaires à la police ainsi que de droits plus étendus de perquisition et de garde à vue, la suppression de toute restriction au droit à la propriété et, si nécessaire, l'utilisation d'armes mortelles. On fait valoir que ces vestiges d'époques violentes sont indispensables à la défense de la loi et de l'ordre ou, plus généralement, à l'établissement d'un ordre social acceptable. La raison décisive est qu'il s'agit dans tous les cas de manifestations du pouvoir dissuasif. Celui-ci régnait bien plus largement autrefois qu'aujourd'hui. Or la tâche naturelle des conservateurs n'est-elle pas de conserver ou de restaurer le passé ?

  Le trait qui distingue le mieux à la fois le pouvoir dissuasif et le pouvoir rétributif, c'est leur caractère objectif, ou visible. Ceux qui se plient à la volonté d'autrui le font en pleine conscience; un calcul délibéré les a convaincus que telle était la meilleure conduite à tenir, et cela parce qu'il leur a été offert une monnaie d'échange spécifique contre leur soumission. Quant à ceux qui exercent le pouvoir, ils sont eux aussi pleinement conscients de ce qu'ils font."

c) Le pouvoir persuasif :

Si les pouvoirs dissuasif et rétributif sont visibles et objectifs, le pouvoir persuasif, lui, est subjectif; ni ceux qui l'exercent ni ceux qui le subissent n'ont nécessairement conscience qu'il s'exerce. L'acceptation de l'autorité, la soumission à la volonté d'autrui, découlent d'une préférence positive chez celui qui se soumet. On peut susciter délibérément cette préférence par l'éducation : c'est la persuasion explicite. Elle peut être aussi dictée par la culture dont on est imprégné; se soumettre apparaît normal, juste ou conforme à la tradition. C'est là la persuasion implicite. On ne saurait tracer entre l'une et l'autre une ligne de démarcation nette. La persuasion explicite se dégrade insensiblement en persuasion implicite...

Le pouvoir persuasif s'engendre selon un continuum qui va de la persuasion objective, visible, jusqu'aux notions que l'individu dans son contexte social a été amené à considérer comme intrinsèquement justes. Nous l'avons vu, ce pouvoir peut être explicite ou implicite; et quand on passe du premier au second, on passe de la tentative ostensible et indiscrète pour inculquer une croyance à l'imposition d'une subordination par des moyens tels qu'elle passe inaperçue, qu'elle aille de soi. Ce qui est important c'est que l'exercice de la persuasion est d'autant mieux accepté par la société qu'il progresse de sa forme explicite à sa forme implicite.

Personne ne mettra sérieusement en doute l'importance de la persuasion explicite par les média en tant qu'instrument de soumission et de pouvoir. Ceux dont c'est le rôle sont profondément conscients de leur responsabilité et le proclament solennellement. On parle moins du conditionnement par l'enseignement, tel qu'il est dispensé par les familles, les écoles, les lycées et les universités. Partout il cultive les idées qui favorisent l'exercice du pouvoir. Dès leur âge le plus tendre, on apprend aux enfants dans les écoles élémentaires qu'ils doivent respecter l'autorité de leurs parents et de leurs maîtres, obéir aux lois, présumer sages les décisions d'un gouvernement démocratique, accepter le code qui prévaut en matière de propriété, d'habillement et d'hygiène individuelle, et considérer comme une attitude normale et recommandable de reconnaître la suprématie des chefs, c'est-à-dire de se soumettre avec satisfaction à la volonté d'autrui. La valeur que tous les établissements d'enseignement attribuent aux sports d'équipe tient pour une large part à leur vertu éducative : ils apprennent la substitution quasi automatique des finalités du groupe ou de l'équipe à celles de l'individu et de l'autorité de l'entraîneur ou du capitaine aux préférences ou aux idées du simple joueur...

L'importance attribuée au conditionnement éducatif direct se manifeste également dans la persistance de la controverse sur l'instruction religieuse dans les écoles publiques américaines. Son principal objectif avoué est de développer dès le plus jeune âge des croyances impliquant l'acceptation de l'autorité religieuse. Des doutes quant aux bienfaits d'un tel conditionnement et d'un tel renforcement du pouvoir religieux, combiné avec les dissensions insurmontables sur la question de savoir quelle serait l'autorité religieuse qu'on reconnaîtrait ainsi, amenèrent à l'interdiction constitutionnelle de tout enseignement de ce genre. Les gens qui convoitent le pouvoir en question ne s'y sont jamais résignés. Ils continuent à encourager un conditionnement implicite sous la forme de pratiques religieuses aussi limitées que la prière volontaire à voix basse. Leurs adversaires n'en voient pas moins là un mode de propagation de la foi et donc de la soumission à l'autorité religieuse. Bien d'autres controverses encore, au premier rang desquelles celle qui porte sur l'éducation sexuelle, attestent de l'importance attachée au conditionnement social par l'école et à la subordination (ou l'insubordination) à l'autorité que l'on attend des idées ainsi inculquées. On ne saurait s'expliquer l'âpreté des querelles sur l'éducation religieuse ou sexuelle si on ne réalise pas pleinement que c'est du pouvoir qu'il s'agit."

d) Attributs du pouvoir :

- personnalité,

- propriété,

- organisation.

II Différences entre pouvoir et domination

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