La nuit dans sa tente
Écrit par Hebe
Blanco
Les sanglots secouaient mon corps avec la même puissance que les spasmes de la
jouissance l’avaient fait si peu de temps auparavant.
Cette douleur aiguë
m'était aussi nouvelle que le plaisir que je venais d’éprouver il y a peu.
Je ne sais pas
combien de temps j'ai pleuré.
Cela pu être des
minutes ou des heures ou des jours.
J'avais envie de
hurler, j’avais l’impression que mon coeur allait éclater.
J'avais envie de
courir après Maximus, pour le supplier de ne pas m’abandonner, de ne pas me
laisser seule, pour qu'il m'autorise à rester à ses côtés afin de pouvoir vivre
de sa douceur et de sa force.
Désespérément, je
cherchai de l'air comme un homme en train de se noyer le faisait.
Car j’étais en train
de me noyer - dans la douleur, dans les larmes, et dans un immense désespoir.
Le visage toujours enfoui
dans mes mains, je me balançai comme un enfant angoissé, essayant de me
consoler mais échouant maintes et maintes fois.
Je finis, néanmoins,
par me calmer. Mon souffle se détendit et le martèlement douloureux de mon
coeur angoissé fut remplacé par un battement sourd et mélancolique.
Je ne pouvais pas
rester dans l'alcôve pour toujours.
Il y avait des
questions qui allaient m'être posées, un message à délivrer et la sécurité de
Maximus à considérer.
Je m’accordai,
encore, un peu de temps pour me recomposer une image la plus sereine possible
mais je savais qu’avec mes yeux gonflés et rougis je ne pourrais leurrer
personne, et certainement pas Marcellus ou Cassius.
Je me levai en
chancelant car mes jambes tremblantes avaient du mal à supporter le poids de
mon corps.
Et, je dus lutter
contre ce vertige, contre mon désir de me recoucher sur le divan où je me
serais roulée en boule et où j’aurais pleuré jusqu’à ce que je m’endorme pour
échapper à la cruelle réalité.
Je luttai contre
l'envie de me coucher, de fermer les yeux et de rester, là, jusqu'à ce que la
mort vienne me prendre ... car je savais de longue date que la mort ne
viendrait pas, peu importe combien je pouvais la désirer.
Tout en prenant une
profonde inspiration, je soulevai le rideau et m’avançai, à mon tour, dans la
pièce principale. Je pus, alors, constater que beaucoup d'officiers étaient
déjà partis et que ceux qui restaient, étaient étendus sur des divans, plus ou
moins habillés, ivres morts ou saouls de luxure.
J'espérais que leurs
ronflements avaient été assez forts pour couvrir mes pleurs.
Il n'y avait aucun
signe de Maximus ou de Marcellus ou de Cassius et la plupart des femmes étaient
retournées au quartier des esclaves.
Je baissai tête pour
cacher mes yeux rouges et quittai, hâtivement, la tente.
La nuit était chaude
et humide comme l’étaient la plupart des nuits d'été en Mésie.
Je venais de faire
quelques pas en direction du logement des femmes quand mon bras droit fut happé
par une poigne de fer qui me fit virevolter.
Emportée par mon
élan, je me retrouvai plaquée contre la large poitrine de Marcellus.
Je tressaillis puis
affichai un visage impassible.
"Qu'est-ce qui
a pris si longtemps, Julia ?" Souffla-t-il. "Le Général Maximus a
quitté la soirée, il y a longtemps."
"Je... Je suis
désolée." Balbutiai-je, essayant de détourner mon visage
"Je ... j'ai
besoin d'un peu de repos. Je ne me sens pas bien."
Mais Marcellus
n'était pas du tout un homme compatissant. Ce n’était pas son genre.
"As-tu fait ce que
je t’ai demandé ?" M’interrogea-t-il avec rudesse.
J'acquiesçai.
"Et qu'a-t-il
dit ?"
Je pris une profonde
inspiration et répétai le message de Maximus.
Ce que je lui
révélai sembla lui convenir car il desserra sa poigne.
"Es-tu sûre
?" Demanda-t-il.
"Je le suis. Il
a dit que vous devez lui faire savoir quand vous comptez passer à l’acte via
Claudius." Chuchotai-je.
Marcellus relâcha
mon bras et je chancelai, de nouveau. Il me regarda d'un air narquois puis pris
mon menton dans sa main et me força à le regarder.
"Que se
passe-t-il, Julia ?" Demanda-t-il, ses yeux sombres scrutant mon visage.
"Tu as pleuré
?"
J'essayai, encore,
de détourner mon visage mais je n'étais pas de force.
"Je vous ai dit
que je n’étais pas bien... J'ai fait ce que vous m'avez demandé. Maintenant,
s'il vous plaît, laissez-moi aller."
Il le fit. Alors, je
me détournai et me dirigeai vers le quartier des esclaves, mais pas assez
rapidement pour éviter d'entendre son rire et sa dernière remarque.
"Un jour ou
l'autre, il faudra que tu me racontes ce qui il t’a fait qui était si
perturbant. Je pensais que tu étais bien au-delà des rougissements et des
larmes, Julia! Peut-être qu’il t'a appris quelques nouveaux trucs ?"
Frotter du sel sur
une blessure ouverte est la forme la plus commune de torture et je comprends
que c'est aussi très efficace. Les mots de Marcellus étaient pires que des
grains de sel frottés sur mon coeur saignant ... je courus vers le logement des
femmes. Je traversai le praetorium et en franchit les portes saisissant les
gardes assoupis.
Je trébuchai et
tombai, me remis sur mes pieds et repris ma course.
Je longeai les
alignements de tentes blanches et me précipitai dans notre logement, une
confortable bâtisse en pierre et en bois qui comportait nos chambres, nos bains
et aussi les quartiers de nos servantes.
Je me ruai à
l’intérieur et m’arrêtai, brutalement, quand la demi-douzaine femmes qui
étaient restées à papoter et à bavarder dans la salle commune, se retournèrent
pour me faire face.
Cela m'avait
toujours étonné qu'elles aiment tant parler, qu'elles semblent toujours avoir
tellement à se raconter.
Je recherchais,
rarement, la société humaine, préférant, nettement, la solitude et la paix,
refusant de partager, avec elles, les rares moments dont je pouvais disposer
pour moi seule.
Les autres femmes le
savaient et acceptaient ma décision comme elles acceptaient mes interventions
et mes jugements dans la direction de nos quartiers.
C’était une amitié
étrange que la nôtre!
Maintenant, elles regardaient
toutes dans ma direction les yeux agrandis par la stupeur et la bouche
entrouverte de saisissement.
Je restai près de la
porte, les mains appuyées contre mes seins, la respiration haletante.
Alors, Eugenia vint
vers moi. C’était une piquante brunette, de quatre ou cinq ans plus vieille que
moi. Ses yeux étincelaient comme deux belles émeraudes, sa peau satinée avait
une belle nuance bronzée.
"Julia
..." Demanda-t-elle avec hésitation
"Julia ... que
se passe-t-il ? Qu'est-ce qui est arrivé ? Tu vas bien ?"
Je fis non de la
tête puis me mordis la lèvre et levai une main pour la tenir à distance.
Ariadna fit chorus.
"Qu'est-ce qui
ne va pas ? La dernière fois je l'ai vue, elle semblait être tout à fait
heureuse et contente de ce beau général espagnol."
C'était plus que je
pouvais supporter. Avec un sanglot étranglé, je me dirigeai vers ma chambre.
Eugenia était une
grande femme et elle m'arrêta, facilement, en me saisissant par les épaules.
Elle me secoua légèrement.
"Julia",
insista-t-elle, "qu'est-ce qui se passe ?"
Je la regardai droit
dans ses yeux émeraude avec un regard que je savais être farouche et, à
nouveau, fit non de la tête.
"Julia
...," insista-t-elle d'une voix basse et pressante.
Quelque chose se
cassa à l'intérieur de moi. Je me libérai de son emprise et hurlai.
"Eloignez-vous
de moi!"
Je m’éloignai,
hurlant toujours, " Eloignez-vous de moi!"
Je pénétrai dans ma
chambre et en fermai la porte à laquelle je m’adossai.
Les autres femmes
devaient se partager les chambres à coucher à deux ou trois, mais, comme
j'étais la maîtresse de la maison des esclaves et la favorite de Cassius, je
profitais du luxe rare d'en avoir une pour moi seule.
Elle était petite
mais confortable, équipée d'un divan, d’une table, d’une chaise et d’un
tabouret, d’un buffet et de mes coffres. J'avais, même, un miroir, une feuille
polie de bronze montée sur la table où deux lampes étaient en train de brûler.
"Maîtresse
Julia ?"
La petite voix me
fit sursauter. Je me retournai pour voir la petite fille qui me servait de
femme de chambre. Elle n’avait pas plus de dix ans et était noire comme
l'ébène. Une masse de frisettes ornaient sa tête.
Elle avait de grands
yeux ronds et une bouche avec une lippe boudeuse qui aurait pu être belle sans
la vilaine cicatrice qui la balafrait et qui était due à un coup d'un marchand
d'esclaves négligeant.
Son nom était Rufa
et, au vu des apparences, était probablement d’origine numide.
"Maîtresse
Julia," répéta-t-elle dans son latin guttural et hésitant "vous allez
bien ?"
J'acquiesçai et me
forçai à sourire, consciente de la timidité d'une fille trop jeune pour servir
une putain et, heureusement, aussi trop jeune pour comprendre ce qui se passait
autour d'elle.
"Oui, mon
enfant." Dis-je, d'une voix qui résonna étrangement à mes propres
oreilles.
"Que fais-tu
ici ? Il est tard ..." Je parlais, lentement, car elle avait, toujours,
des problèmes pour comprendre la langue de ses ravisseurs.
"J'attends pour
vous aider, Maîtresse Julia." Répondit-elle, avec hésitation, me fixant de
ses grands yeux noirs anxieux car, malgré les nombreux efforts que j'avais
faits pour essayer de la convaincre qu'elle n'avait rien à craindre de moi,
elle demeurait craintive.
"Je n'aurai pas
besoin de ton aide ce soir, mon enfant. Et ne m’appelles pas ' Maîtresse Julia
' car je ne suis pas ta maîtresse, mais ta soeur. Je t’ai déjà dit plusieurs
fois que je suis une esclave comme toi."
Rufa fronça les
sourcils, embarrassée par mes paroles car elles n’avaient aucun sens pour elle.
Je soupirai.
"Vas dormir,
Rufa." Dis-je, tenant beaucoup à être seule.
"Mais,
Maîtresse Julia je vous ai apporté l'eau parfumée pour vous …" Elle
s’arrêta au milieu de la phrase, visiblement choquée par l'apparence de mon
visage.
"Vas!"
Dis-je d'une voix étranglée. Et, comme elle ne bougeait toujours pas, je
grondai "Vas! Maintenant!"
Elle s'enfuit hors
de la chambre.
Une fois seule,
j’allai lentement vers la table et m’assis sur le tabouret qui se trouvait
devant ainsi que je le faisais toujours quand je devais me préparer pour aller
chez les hommes chez qui j'étais envoyée.
J'évitai de regarder
mon reflet dans le miroir, sachant que mon visage devait être pâle, mes traits
tirés, mes yeux hallucinés.
Au lieu de cela, je
regardai le bas de ma tunique en soie fine et je vis qu’elle était tachée de
terre. Immédiatement, je pensai à Turia qui avait l'habitude, durant mon
enfance, de tempêter quand, en me cachant dans les jardins de la villa de
Cassius, je salissais ma parure.
Turia... La dernière
fois que je l'aie vue, elle passait ses journées, couchée, sur un divan à
tousser, sa vie s'éloignant, lentement, car elle était en train de mourir de
consomption … solitaire et oubliée dans une arrière salle de la villa.
Elle avait été
affranchie et avait été la maîtresse amoureuse et consentante de Cassius.
Avait-elle ressenti
pour lui ce que, maintenant, je ressentais pour Maximus ?
Avait-elle, aussi,
été rejetée à la fin comme je l'avais été ?
Je secouai la tête.
Je n'avais pas pensé à Turia depuis longtemps. Soudain, je regrettai qu'elle ne
soit pas là. Je regrettai de ne pas pouvoir lui demander...
Je me levai et
commençai à enlever mes vêtements. Rufa m'avait apporté un bassin d'eau
parfumée, un gant de toilette et une serviette ainsi que je l’en avais chargée
à chaque fois que je quittais les quartiers pour aller chez un homme.
De l’eau parfumée,
un gant de toilette et une serviette pour éloigner puis effacer les souvenirs
des accouplements.
Mais cette nuit il n'y
avait aucun souvenir à effacer seulement des souvenirs à garder pour les chérir
: l'odeur musquée, si masculine de Maximus, sa bouche chaude et exigeante, sa
voix enivrante, ses bras autour de mon corps, sa large poitrine et ses muscles
puissants et durs comme la pierre se pressant contre moi ...
Je terminai de me
déshabiller et mis l'aérienne chemise de nuit que Rufa avait laissée pour moi
sur le divan.
Puis, j’allai à un
des coffres pour chercher un peignoir car, malgré la chaleur de la nuit, j’avais
froid. Occupée à cela, mes doigts touchèrent le poignard caché. Je le pris
puis, me rasseyant à ma table, je le tournai et le retournai entre mes mains,
hypnotisée par le miroitement du métal sous la lumière dorée des lampes à
huile.
Durant toute mon enfance,
à la villa de Cassius, je n'avais jamais eu de poupée.
J'en avais très
envie comme j’avais grand besoin de ma mère mais les esclaves n’ont pas plus de
jouets qu'il n'ont d'enfance.
Une fois, je me
fabriquai une poupée avec de l'herbe et des fleurs cueillies dans les jardins
et des morceaux de tissu pris de mes vêtements personnels. Je la tenais cachée
sous un épais buisson et courrais la retrouver dès que je le pouvais. Mais
l'herbe et les fleurs se sont fanées et ma poupée est tombée en morceaux.
Je la réparai,
maintes et maintes fois, mais, un jour, je ne la trouvai plus dans sa cachette,
le jardinier l'avait probablement trouvée et mise avec les déchets. Cette
nuit-là, j'ai beaucoup pleuré avant de m’endormir.
Dans les années qui
suivirent, j’ai chéri une seule chose avec autant de passion, c'était ce
poignard en argent que j'avais, pour l'instant, entre les mains.
Il était là, sur la
table, près du lit où le sénateur m'avait forcée. Il l'avait utilisé pour peler
le fruit qu’il m’avait donné à manger et, ensuite, il m'avait donné une belle
poupée, une poupée comme je n'en avais jamais vue auparavant.
C’était un bel
homme, ses cheveux châtains bouclés étaient légèrement parsemés de fils
argentés, ses yeux couleurs noisette étaient souriants et bienveillants.
Pourtant, il avait
accepté le présent de Cassius, le premier d'une longue liste
On m’avait dit de
partir pendant qu’il dormait et, silencieusement, je me glissai hors de son lit
et de sa chambre, tressaillant car mon corps endolori me rappelait ce qu'il
m'avait fait ..., mais avant de quitter la pièce je pris le poignard et le
dissimulai dans les vêtements de la poupée.
Cette nuit-là je
n'ai pas pleuré et, le matin, j'ai laissé tomber la poupée dans un égout.
Et je n'ai plus
jamais pleuré … jusqu'à cette nuit … car mes défenses étaient tombées et mon
corps avait atteint, pour la première fois, le royaume inconnu du plaisir.
Je tournai, à
nouveau, le poignard dans mes mains, toujours hypnotisée par sa brillance.
Puis, je le pris
dans ma main droite et posai sur la table ma main gauche la paume tournée vers
le haut.
Les veines bleues
palpitaient, sans à-coup, sous la peau translucide du poignet.
Se trancher les
veines du poignet avait toujours été la méthode favorite des romains quand il
s’agissait de se suicider ou de se faire suicider, bien que certains préfèrent
boire du poison et que les officiers de haut rang se poignardent plus
volontiers.
J'ai entendu dire que
se couper les veines du poignet et saigner, ainsi, jusqu’à la mort n'est pas
une mort douloureuse, mais paisible. .. Comme toutes les formes de mort,
d’ailleurs, le sont, une fois que la mort est souhaitée comme étant une
délivrance.
Comme dans un rêve,
je vis ma main droite approcher la lame de mon poignet et la placer
délicatement sur ma peau tendre. Puis, je la coupai délicatement. De minuscules
gouttes de sang perlèrent, immédiatement, le long d'une mince ligne rouge.
Curieusement,
détachée de tout, je constatai que je n’avais ressenti aucune douleur - et
évidemment aucun mal. Je replaçai le poignard et, cette fois, appuyai plus
fortement.
Le sang jaillit en
un mince filet qui coula de mon poignet sur la table ... toujours sans aucune
douleur ni mal quelconque. Je me décidai, alors, à brutalement trancher mon
poignet.
La porte s’ouvrit
violemment.
"Julia!"
Eugenia était à bout de souffle et sa poitrine se soulevait fortement.
Muette, je levai la
tête laissant choir le poignard. Il atterrit sur le plancher mais le bruit de
sa chute fut assourdie par le tapis.
"Quoi ...
?"
"Julia, Il y a
un garde qui te cherche! Nous avons essayé de l'arrêter mais il dit qu'il a
ordre de t’emmener …"
Eugenia fut,
rudement, écartée par l'homme qui avait fini par trouver le chemin de ma
chambre.
"Toi!"
Rugit-il, de sa voix de militaire romain. "Viens avec moi!"
Je me levai et, à la
hâte, enveloppai un linge autour de mon poignet.
"Où
l’emmenez-vous ?" Exigea Eugenia.
L'homme se contenta
de gronder
"La ferme!"
Puis, il m’attrapa
le bras gauche et m’entraîna à sa suite pendant que j’essayai de voiler mes
seins de mon peignoir.
Il me traîna à
travers le camp jusqu'au praetorium.
Bien que j'aie
l’habitude de recevoir des ordres je n'avais jamais été traitée comme cela.
Je pensai que
Cassius avait découvert la vérité sur Marcellus et sur mon rôle dans le
complot.
Hélas, il ne se
soucierait pas que l'ordre d’y participer venait de son légat.
C’était un homme
impitoyable et il me tuerait même si je clamais mon innocence.
Je n'avais pas peur
de mourir ... j’étais juste déçue que le garde ne soit pas arrivé quelques
minutes plus tard : ainsi, j’aurais volé à Cassius la chance de me tuer, moi
qu'il avait toujours forcée à me soumettre à sa volonté.
Mais le garde ne me
conduisait pas à la tente de Cassius. Au lieu de cela, toujours me traînant, il
me fit passer devant et puis devant une autre encore.
Mes yeux
s’agrandirent quand je vis Maximus, debout, devant l'entrée, attendant,
visiblement, mon arrivée.
Le garde me poussa,
brutalement, dans ses bras. Maximus le remercia d’un signe de tête puis il me
souleva du sol, aisément, un bras passé sous ma poitrine. Il franchit la porte
et me porta jusqu’à son lit puis il me reposa sur le sol tout en me tenant toujours
fermement.
Je n'avais pas été
effrayée à l’idée d’être emmenée devant Cassius, mais, maintenant, en examinant
le visage de Maximus, je sentis une peur, comme je n’en avais jamais connue,
m’envahir.
"Maximus
…" Mes mots s’étranglèrent dans ma gorge quand je sentis la pointe acérée
d'un couteau sous mon oreille.
Ses yeux n'étaient
plus doux, mais avaient des reflets métalliques.
Mais le plus
effrayant était le son de sa voix quand il gronda mon oreille.
"Jolie
performance ce soir, Julia."
"Maximus, je ne
comprends pas." Mon corps entier tremblait.
"Parles plus
bas ou je tranche ta jolie gorge."
J'essayai,
désespérément, d'alléger son humeur.
"Je savais que
vous seriez frustré, mais ce ...."
"Tiens-toi
tranquille et fais ce que je te dis. Décris-moi Claudius."
Claudius ? De quoi parlait-il ? J'examinai ses yeux mais ne pus rien y lire.
Comme j'hésitai, il
appuya davantage la lame du couteau et je tressaillis.
"Je ne l'ai
jamais vu."
Du coin de l’oeil,
je vis un des gardes écarter, légèrement, le lourd rideau pour regarder à
l'intérieur, intéressé de regarder les prouesses sexuelles du général ... ou
peut-être celles de sa putain.
"Va t'en
!!" Aboya Maximus sans même se retourner, ses yeux froids couleurs d’acier
ne quittant pas les miens.
Le son de sa voix
était aussi pointu que la lame du couteau qu'il appuyait contre ma chair et je
sursautai comme s'il m'avait frappé.
Le rideau retomba et
Maximus continua de m’interroger.
"Qui a arrangé
notre entrevue de ce soir ?"
"Marcellus."
"Marcellus. Est-ce un vrai tribun, Julia ?"
Je geignis, légèrement, terrifiée par la soudaine brutalité de Maximus. Ce
n'était plus l'homme qui m'avait embrassée passionnément lors de la soirée de
Cassius, ni l’homme qui avait partagé avec moi l'obscurité moite et surchauffée
de l'alcôve.
Cet homme m'était
totalement étranger et semblait dangereux. J'avais à mes côtés un homme qui
était capable de menacer, d'infliger la douleur ou de tuer. Un homme qui
n'hésitait pas à le faire quand c'était nécessaire.
"Oui, oui. Il
est un des conseillers les plus proches de Cassius."
"Et il t'a dit
ce que tu devais dire ?"
"Je vous ai répété exactement ce qu'il m'a dit de vous dire. Général,
qu'est-ce qui ne va pas ?"
La poitrine de Maximus se souleva avec colère et son souffle était saccadé. Il
gronda dans mon oreille.
"Claudius n'est
pas Claudius."
"Quoi ?"
"J'ai connu
Claudius, en Germanie, et l'homme qui prétend être lui ne lui ressemble en rien.
Claudius est ... était ... de corpulence moyenne et blond. Cet homme est trapu
et presque chauve."
Je reconnus
immédiatement l'officier qu'il décrivait.
"C'est
Balbinus. C'est un tribun et un ami proche de Marcellus. Maximus que se
passe-t-il ?"
"Je ne sais pas. Mais tu en fais partie."
Partie de quoi ?
Petit à petit, les
pièces du puzzle se mirent en place. Il y avait quelque chose qui n’allait pas
dans le message que l'on m'avait ordonné de délivrer.
Maximus avait
découvert un complot à l'intérieur du complot ... et il me soupçonnait d’en
faire partie. Je le regardai dans les yeux, le suppliant silencieusement de
croire en mon innocence ... mais ses yeux n’exprimait toujours rien d’autre
qu’une haine froide qui m’envoyait autant de frissons le long de la colonne
vertébrale que son regard enflammé en avait envoyé si peu de temps auparavant.
Mes yeux étaient, à
nouveau, brouillés de larmes contenues et c'était une bonne chose qu'ils le
soient car, à cause du couteau, je ne pouvais détourner mon visage sans me
blesser et je n’en pouvais plus de voir son visage irrité.
"S'il vous
plaît, j'ai juste délivré le message, Maximus. Je ne fais partie d’aucune
conspiration contre vous."
Je pleurais, sans
bruit, maintenant. Je pleurais comme
l’on pleure quand on a plus rien à plaider ou à espérer.
"Vous croyez
que je pourrais vous faire cela ?"
"Je crois que
vous pouvez faire tout ce vous voulez. C'était une jolie comédie que vous avez
réalisée pour moi ce soir." Railla-t-il, sa voix grondant dangereusement.
J'ai voulu discuter,
plaider de mon innocence ... dans quel but ? Il me connaissait pour ce que
j'étais, une esclave et une putain expérimentée et les esclaves ainsi que les
putains ont la réputation d’être des menteurs.
Pourtant, j'avais
besoin de le convaincre que je n'avais rien à voir avec un quelconque complot,
que j’avais, seulement, délivré le message ainsi que l’on me l'avait demandé.
Je plaçai une main
tremblante sur le poing qui tenait le couteau posé sur ma gorge et lui offris
le peu que j’avais à lui donner : la vérité.
Et ce fut pénible
d'exprimer cette vérité, cet aveu si intime. Pour la première fois de ma vie,
je devais faire face à cette vérité et pour la première fois je devais aussi
l'exprimer.
"Ce n'était pas
une comédie, Maximus" Chuchotai-je, les yeux emplis de larmes.
Il me laissa
détourner sa main qui tenait le couteau et ne bougea pas quand je reculai pour
mieux lui faire face, essayant de me reprendre et d'étouffer les sanglots qui
pour l’instant s’échappaient, irrésistiblement, de ma gorge.
J'inclinai la tête
et mes longs cheveux roux dorés cachèrent mon visage tourmenté.
"Je ne pas ...
je n'ai pas fait ... je ..." Bégayai-je entre deux sanglots.
Maximus soupira,
impatiemment, puis cala le couteau à l’arrière de sa ceinture et essaya de me
prendre dans ses bras mais je résistai et essayai de m’éloigner de lui et de me
rouler en boule.
Mais Maximus ne tint
pas compte de ce refus et insista.
Alors,
insensiblement, je me laissai aller contre lui, des larmes de soulagement,
d’angoisse et de désarroi coulant librement.
Je posai ma tête sur
son épaule et pleurai au point que mes larmes trempèrent sa tunique couleur lie de vin.
Pendant ce temps, il
me caressait la tête pour essayer de calmer tant la petite fille effrayée qui
n'avait jamais eu de poupée que la femme accomplie qui était si désespérément
seule.
Et … tant celle que
j'avais été que celle que j'étais en ce moment trouvèrent la chaleur, le
réconfort et la sécurité dans ses bras puissants.
Pendant quelque
temps, les seuls sons dans la tente furent ceux de me sanglots.
Alors, tout contre
mes cheveux, Maximus chuchota, des excuses au fond de la voix.
"Je suis
désolé. Je vous ai beaucoup fait pleurer ce soir. Je ne sais pas à qui je peux
me fier, Julia, je ne sais pas qui veut me tendre un piège. Et je ne sais pas
quel rôle vous jouez dans ce scénario."
Sa belle voix
profonde m'apaisa et j'eus l’impression de fondre contre son corps.
"Personne ne se
confie à moi, Maximus. Je suis simplement utilisée ... comme un messager, comme
un instrument de plaisir. Je sers juste à satisfaire les besoins des hommes.
Rien de plus."
Je reculai pour
examiner ses yeux bleus qui étaient redevenus doux.
"Si pensais
avoir fait quelque chose pour vous blesser ... même par mégarde ... je ne
pourrais jamais vivre avec cela."
"Vous n'avez
rien fait. Venez ici et asseyez-vous."
Maximus me prit la
main et m'emmena jusqu’à son lit, où nous nous assîmes côte à côte mais sans
nous toucher.
"Je ne vous
aurais jamais blessée avec ce couteau" Dit-il avec un petit sourire et je
ne pus m’empêcher de lui rendre son sourire à travers mes larmes.
"Et Bien, vous
étiez pourtant très convaincant. Vous pouvez être très effrayant quand vous le
voulez."Dis-je
"Je sais. Cela aide, parfois."
Il baissa la voix
jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’un chuchotement.
"Julia, j'ai
besoin de votre aide."
"Comment
puis-je vous aider ?"
"Je dois tuer
Cassius et le faire de façon à ce que l’on croie que c’est un de ses hommes qui
l’a fait." "Pourquoi un de ses hommes ?"
"Parce que si
je le tue, je ne sortirais jamais vivant d'ici et mes hommes non plus. Mais si
les soldats de sa légion pensent que l'un d'entre eux l'a tué, ça les plongera dans
la confusion et les alliés de Marc-Aurèle auront le temps que rassembler les
forces dont ils ont besoin pour prendre le contrôle, avec mon aide, bien
entendu."
Il fit une pause
comme je fronçais les sourcils et m'accordais le temps de la réflexion avant
d’ajouter. "M'aiderez-vous ?"
J'acquiesçai.
"Vous savez que
je le ferai".
Je fis une pause
avant de continuer
"Me ferez-vous
confiance ?"
"Oui."
"En êtes-vous
sûr ? Je ne veux pas être, à nouveau, traînée ici pour me retrouver avec un poignard
pointé sur la gorge."
Maximus sourit à mon ton taquin et je me demandai, brièvement, ce qui, en lui,
me rendait si espiègle et si taquine comme je ne l'avais jamais été et, ce,
même face au danger.
"Je ne vous en
blâme pas."Dit-il, contrit comme un garçon pris en faute.
"Et
qu'advient-il du complot pour vous tuer ? Vous, aussi, êtes en danger, vous
vous souvenez ?" Demandai-je.
"Balbinus m'a
déconseillé d'aller faire un tour à cheval à l'extérieur du camp aujourd'hui.
Peut être que Cassius a l'intention de quitter le camp après m'avoir rendu
suffisamment craintif pour que je reste sur place. Ainsi, je serais mis à mort
avant son retour si bien que ses mains resteront propres."
"Je frissonnai
à la simple idée de sa mort. Maximus remarqua ma détresse.
"Je vais devoir
déjouer ce qu'il a en tête "
Dit-il, négligemment, en posant sa large main, légèrement râpeuse, sur
les miennes, les recouvrant complètement.
"Connaissez-vous
les occupations quotidiennes de Cassius ?"
J'acquiesçai.
"Trop
bien."
"Décrivez-les moi pour que je puisse décider quand et où faire cela."
Je soupirai. Il n'y
avait pas d'issue. Maximus m'interrogea pendant plus d'une heure me faisant
répéter, maintes et maintes fois, ce que je connaissais des habitudes de
Cassius.
C'était un
interrogateur impitoyable et j'eus pitié de ses ennemis.
Plus d'une fois, je
détournai mes yeux des siens, quand la connaissance je versais dans ses
oreilles ne laissait aucun doute sur le degré d'intimité que j'avais partagé
avec l'homme qu'il allait tuer.
Quand cela arrivait,
Maximus rejetait, distraitement, en arrière une boucle de mes cheveux qui
voilait mon visage et je me demandais, encore une fois, s'il avait remarqué
qu'il était encore en train de me toucher ... qu'il semblait être incapable de
contrôler son besoin de me toucher....
Quand j'eus fini,
Maximus resta silencieux, pendant un instant, puis il se passa la main sur ses
yeux fatigués et le bas de sa nuque, geste qui m'était devenu si familier alors
que je ne le connaissais que depuis quelques heures.
"Julia,
"dit-il " je dois sortir de cette tente et parler à mes hommes et je
dois le faire avant que le jour se lève. Je pense que je peux me glisser hors
d'ici mais j'ai besoin d'une place pour me cacher jusqu'à ce que je puisse agir
et je ne peux pas rester avec ma cavalerie car dès qu'ils remarqueront mon
absence c'est là que les hommes de Cassius iront fouiller en premier lieu. Et
je dois, absolument, être à l'intérieur du camp pour agir. Y a-t-il une place
où je peux me cacher ? "
Je fronçai les
sourcils et serrai les lèvres tout en réfléchissant à la demande de Maximus.
Celui-ci gardait les yeux rivés sur mon visage.
Il n'y avait qu'une
place où je pourrais le cacher et être en même temps assez près pour l'aider.
"Le quartier des
femme" Dis-je "Nos logements sont tout au fond du camp, une grande
bâtisse en pierre et en bois. Il y a une petite porte de service utilisée par
les esclaves pour aller blanchir le linge à la rivière. Vous la trouverez
facilement. Elle est bloquée de l'intérieur mais je la ferai ouvrir et vous
attendrai là."
Maximus hocha la
tête.
"Y a-t-il un
endroit à l'intérieur de la construction où je peux me cacher ? Une cave
peut-être ?" Demanda-t-il.
"Non!"
Dis-je "Juste nos chambres à coucher, les bains et les logements des
autres esclaves."
Il soupira
"On fera avec.
Et en ce qui concerne les autres femmes ?"
"Laissez-moi
faire. Elle feront ce que je dis ... Elle détestent toutes Cassius."
Maximus approuva, à
nouveau.
"Je serai là une
heure après votre départ d'ici. Ils penseront que je me suis endormi et ne
remarqueront pas mon absence avant des heures. Attendez-moi près de la porte
".
J'acquiesçai, mon
esprit analysant à toute vitesse les implications de ce que j'étais en train de
faire ou de ce que j'allais devoir faire.
"Julia," Maximus toucha, doucement, ma joue.
"Je veux que
vous compreniez à quel point tout ceci est dangereux. Les choses peuvent
tourner mal et je peux ne pas être capable de vous protéger."
Me protéger? La seule
fois où j'ai été protégée ce fut quand Cassius refusa à ses amis la permission
de me déflorer lors de l'une de leurs soirées.
"Je sais,
Maximus. Ne vous souciez pas de cela. Tout ira bien" Murmurai-je.
Maximus sourit et me prit, gentiment, les mains dans les siennes, ses mains si
grandes, si chaudes, si fortes, capables à la fois de donner la mort et
d'apporter du réconfort, à la fois capables de faire jaillir le sang et de
caresser.
Puis il les porta à
ses lèvres et, gentiment, embrassa mes doigts de ses lèvres chaudes, sa barbe
râpant légèrement ma peau.
Ce fut mon tour de
sourire mais mes lèvres tremblaient et je déglutis difficilement. Maximus leva
la tête et me regarda droit dans les yeux, toujours gardant mes mains dans les
siennes, ses doigts caressant de manière absente mes poignets.
Il s'arrêta, soudain
et, baissant la tête, examina le bandage que je portais au poignet gauche
"Maximus
..." Commençai-je tout en essayant d'éloigner ma main. Mais il ne la lâcha
pas et retroussa la manche du peignoir pour regarder plus attentivement le
bandage qui ne se trouvait pas là lors de notre première rencontre : il était
tâché de sang.
Maximus releva la
tête pour plonger un regard glacé dans mes yeux.
"Qu'est-ce que
c'est?" Aboya-t-il, toute sa gentillesse envolée.
Je me préparai,
mentalement, à affronter sa colère.
"Rien,"
dis-je "un accident...."
"Qu'est-ce que c'est?" Répéta-t-il, la voix basse, son ton devenant
menaçant.
Comme je ne
répondais pas, il défit le bandage et amena mon poignet près de la lumière pour
mieux l'examiner. Je retins ma respiration. La fine ligne rouge qui traversait
mon poignet parlait d'elle-même.
Son traitement rude
avait rouvert la sérieuse blessure que je m'étais infligée peu avant. Le sang
coulait en un minuscule ruisseau poissant ses doigts rugueux.
Maximus tourna vers
moi un visage maintenant furieux.
"Par les
enfers, qu'étiez-vous en train de faire ?" Gronda-t-il.
J'essayai, de
nouveau, de retirer ma main, mais je n'étais pas de taille contre lui.
"Qu'étiez-vous
en train de faire?" Répéta-t-il. Il était furieux, ses yeux bleus
flambaient d'une colère mortelle... mais je commençais à me sentir fâchée moi
aussi. Amèrement fâchée.
"Que vous
importe ce que j'essayais de faire ?" Répondis-je en m'emportant.
"Vous n'êtes
pas mon maître! Si je prends ma vie, je ne vous priverai pas d'une pièce de
valeur! Que vous importe que je vive ou que je meure ?"
Il tressaillit comme
si je l'avais frappé, mais se remit rapidement. Ses mains s'emparèrent de mes
avant-bras dans une poigne de fer et il me rapprocha de lui, nos torses se
touchant presque.
"Vous voulez
mourir, Julia ?" Siffla-t-il, en me secouant au point que mes dents
s'entrechoquèrent et que mes cheveux s'ébouriffèrent autour de mon visage
"Vous voulez
mourir ?" Répéta-t-il.
C'en était trop. Je
ne pouvais pas le supporter. Pas cette nuit. Pas de lui. Je secouai la tête
pour enlever de mon visage les boucles de cheveux qui le recouvraient et qui
m'empêchaient de le voir et lui sifflai.
"Oui! Oui, je
veux mourir! J'ai toujours voulu mourir pour autant que je m'en souvienne mais
je ne le savais pas ! Pas jusqu'à cette nuit! Mais, maintenant, je sais que je
veux mourir, Général Maximus! Qu'est-ce que ça peut vous faire? "
"Qu'est-ce que
ça peut me faire ? " Gronda-t-il, le ton de sa voix s'élevant
dangereusement.
"Vous osez me
demander ce que cela peut me faire que vous viviez ou mouriez ? "
"Oui!"
Sifflai-je, en retour, au-delà de toute crainte, maintenant, comme j'avais été
au-delà de toute honte si peu de temps auparavant.
Maximus me secoua,
derechef.
"Savez-vous
combien de gens j'ai vus mourir ? Savez-vous combien d'hommes et de garçons
j'ai vus supplier les dieux et les chirurgiens ne pas les laisser mourir
?" Gronda-t-il.
"Savez-vous
combien de gens j'ai tués ou envoyés à la mort ? Savez-vous ce que tout ce sang
et ces morts font à l'âme d'un homme ?"
Il s'arrêta. Ses
yeux hagards disaient qu'il venait d'exprimer quelque chose qui était enterrée
dans les profondeurs de son âme, quelque chose qui le torturait, quelque chose
qu'il n'avait jamais avouée à quelqu'un auparavant ... même pas à lui-même.
Ses doigts serraient
douloureusement mes avant-bras.
Le temps sembla
s'arrêter. Nos yeux fixés l'un sur l'autre, nous retenions notre souffle.
Maximus baissa la tête et sa bouche écrasa la mienne sous un violent baiser
comme s'il cherchait à me punir. Je l'embrassai, en retour, avec une passion
dévorante, une passion dont je n'avais jamais soupçonné l'existence.
Avec un soupir,
j'ouvris mes lèvres l'invitant à explorer ma bouche de sa langue tout en
luttant contre sa poigne de fer, désespérée de le toucher, de sentir son corps
contre le mien. Brusquement, Maximus arracha sa bouche de la mienne et se leva.
Il s'éloigna, me
tournant le dos. Je me redressai et serrai les bras autour de mon corps pour
essayer d'arrêter le tremblement qui s'en était emparé.
Le souffle de
Maximus était aussi puissant que le mien. Dans la lumière tamisée, je le vis
serrer les poings.
"Maximus..."
Chuchotai-je.
Il ouvrit ses poings
et appuya ses mains à plat sur la table, ses bras largement écartés et la tête
baissée.
"Maximus
...."
"Va"
Dit-il d'une voix morne. Je me levai mais ne pus me forcer à partir. Pas après
son baiser.
Pas maintenant que
je savais qu'il était aussi bouleversé que moi.
Pas maintenant que
je savais ce qu'il éprouvait pour moi. Que ce que nous avions partagé dans
l'alcôve - malgré son refus - n'avait pas été qu'une simple envie sexuelle,
mais une attirance incontrôlable que peu connaisse.
Je commençai à aller
vers lui mais il me stoppa net.
"Maximus...."
"Va!"
Répéta-t-il, la voix tendue. "Je serai là comme nous en avons
convenu."
Je détournai les
yeux.
"Appelez le
garde pour qu'il me ramène au quartier des esclaves" Dis-je d'une voix
étonnamment ferme.
"Vous voulez
qu'ils sachent que vous étiez ici avant l'aube, n'est-ce pas".
Maximus approuva
silencieusement, puis lentement releva la tête mais il ne se tourna pas vers
moi.
Avant qu'il ne
puisse parler, j'ajoutai
"Restez hors de
la lumière … j'étais supposée vous fournir du plaisir tout au long de la
nuit…ne lui laissez pas voir que vous n'avez même pas retiré vos
vêtements!"
Maximus se redressa
et se dirigea vers un coin sombre de la tente. Je pris une profonde inspiration
et fermai les yeux essayant de m'armer contre ce qui allait venir.
"Garde!"
Cria-t-il de sa meilleure voix militaire. "Nous en avons fini ici!"
Mais nous savions
tous le deux que ce n'était pas le cas.