| Relations Tha?lande-Birmanie Les refugies Selon l'ONG Burmese Border Consortium, 130.000 membres de minorites ethniques birmanes sont repertories comme " personnes deplacees " vivant sur la frontiere birmano-thailandaise dans des camps de refugies (18). Pour la plupart ces camps sont situes du cote thailandais de la frontiere, mais certains, notamment les camps de refugies Mons, se trouvent sur le versant birman. Les Karens representent la majorite de ces personnes deplacees (65 %), suivis des Karennis (18 %), des populations du Tenasserim (10 %, essentiellement des Karens) et des Mons (3 %). Mais la veritable population de membres de minorites ethniques qui ont fui les combats et se trouvent sur la zone frontiere depasse probablement de beaucoup ce chiffre. Ainsi, la Shan Human Rights Fondation estime par exemple qu'environ 150.000 Shans affectes par les deplacements forces de population dans l'Etat Shan ont traverse la frontiere tha?landaise depuis 1996. Beaucoup se sont " fondus " dans la population thailandaise, mais plusieurs camps informels de refugies Shans, inaccessibles aux ONG, existent sur la frontiere. Ces Shans ne sont pas comptabilises dans les recensements car le gouvernement thailandais refuse de les considerer comme " personnes deplacees ". Du fait de la proximite ethnique et culturelle entre les Shans et les Thais, Bangkok a toujours laisse la population Shan s'integrer a la population thailandaise du nord. Le chiffre reel des " refugies " de groupes ethniques venant de Birmanie doit donc se situer aux alentours de 300 a 400.000 personnes. Selon le directeur d'une ONG, environ 2.000 membres de groupes ethniques traversent la frontiere chaque mois. Plusieurs ONG occidentales - dont la principale est le Burmese Border Consortium - l'Union Europeenne et le Haut Commissariat aux Refugies des Nations unies tentent de subvenir aux besoins humanitaires des refugies repertories par le HCR. Selon un rapport publie en Thailande, ce flot continu vers la Thailande s'explique en bonne partie par les deplacements forces massifs de population a l'interieur du territoire birman meme (19). Ces deplacement internes n'ont pas ralenti, bien au contraire depuis l'instauration des cessez-le-feu : un million de personnes ont ete deplacees sur le territoire birman le long de la frontiere thailandaise depuis 1996, 2.536 villages ont ete deplaces ou detruits, 180 " centres d'accueil " ont ete ouverts par l'armee birmane. Parallelement a ces transferts massifs de populations, de nombreux membres des minorites ethniques fuient les combats ou les violences perpetrees par l'armee birmane ou certaines milices ethniques. " Les compte-rendus suggerent que 2002 est la pire annee depuis 1997 en termes de violations des droits de l'Homme et de destructions par l'armee birmane. Deplacements forces, travail force, villages incendies, destruction des stocks de nourriture et des recoltes, vols de betail et de terres, executions arbitraires, viols, tous sont des evenements quotidiens affectant la vie de centaines de milliers de personnes ", constate un rapport d'ONG publie en juin 2002 (20). La fuite vers la Thailande est aussi devenue plus difficile qu'auparavant du fait de la presence renforcee des troupes birmanes le long de la frontiere et de la surveillance plus etroite exercee par les autorites thailandaises. Du point de vue politique, cette masse de refugies venue de Birmanie constitue pour la Thailande un probleme delicat. Bangkok ne peut repousser ces familles dans les zones de guerre civile en Birmanie sous peine de se voir accusee d'ignorer les principes humanitaires fondamentaux. Meme dans le cas ou les portions du territoire birman ou seraient renvoyes ces refugies beneficient d'une situation de cessez-le-feu, les membres des minorites ethniques risquent de subir des violations des droits de l'Homme par les troupes birmanes qui patrouillent ces zones. Le rapport " License to rape ", publie recemment par plusieurs organisations Shans montre clairement que le viol des representantes de minorites ethniques est une pratique courante et acceptee au sein de l'armee birmane (21). Pour contourner le probleme, le gouvernement thailandais dirige depuis fevrier 2001 par Thaksin Shinawatra a propose son propre concept de rapatriement : celui des " safes areas " (zone sures). Bangkok affirme que les membres des minorites ethniques n'ont rien a craindre s'ils sont renvoyes dans des zones ou les hostilites ont cesse. Le Conseil National de Securite thailandais (CNS, en charge des refugies) a tente d'appliquer ce concept aux refugies Mons : plusieurs camps ont ete etablis du cote birman de la frontiere face a la province thailandaise de Sangklaburi. Le resultat n'a guere ete probant : l'un des camps, celui de Ler Ber Her, a ete attaque et detruit a quatre reprises, la derniere fois le 26 decembre 2001. Les refugies Mons ont fui de nouveau vers la Thailande et le CNS a accepte de les reprendre dans le camp de refugies de Mae La, plus au nord. Les principaux donateurs, l'Union Europeenne et le Japon, ainsi que l'Organisation des Migrations Internationales (OMI) rejettent ce concept de " safe areas " : ils exigent un rapatriement volontaire dans le cadre d'un accord bilateral birmano-thailandais avec la possibilite pour le HCR de superviser la procedure a toutes les etapes. Rangoon a compromis des le depart la possibilite d'une telle solution en insistant sur le fait qu'elle ne reprendrait que les refugies dont la citoyennete birmane est prouvee (les refugies doivent prouver que leurs parents sont bien nes en Birmanie avant 1948). Nul besoin de dire que tres peu de refugies ont les documents requis. En mai 2002, alors que les combats entre la SSA et l'armee birmane battaient leur plein, Rangoon a accuse Bangkok de soutenir militairement la SSA. Jusqu'a cette crise birmano-thailandaise, les deux capitales poursuivaient un dialogue sur la question des refugies. Mais ce dialogue se deroulait dans le vide : il ne prenait pas en compte la situation reelle sur la frontiere et ne cherchait pas a impliquer les leaders des mouvements politiques ethniques. En mai 2002, tous les contacts entre Bangkok et Rangoon ont ete suspendus. Progressivement, les deux pays voisins ont repris langue, mais l'atmosphere " conviviale " qui prevalait avant est loin d'etre retablie. |