Le Massacre de Lachine

Dans la nuit du 5 au 6 août 1689, à Lachine et dans les environs de Montréal, en pleine orages torrentielles, les Iroquois attaquèrent les habitants.

Les troupes françaises rentrèrent dans les forts, et en abandonnèrent les environs à la merci des Iroquois, qui se répandirent dans toute l'île de Montréal, laissant partout des traces sanglantes de leur passage.  Ils menacèrent la ville même.  On voit dans les registres de Montréal que le 25 août 1689, on y enterra deux soldats de Monsieur de Saint-Jean, tués par les Iroquois, et que le 7 septembre 1689, on y inhuma Jean Beaudry dit L'Épinette, aussi tué par les Iroquois.  Leur marche alarma la population de Québec.  Le 15 août 1689, le Conseil s'ajourna "ayant advis qu'il y avait une armée de quinze cents Iroquois en campagne, il y avait lieu de craindre qu'Ils ne s'acheminassent en ces quartiers et qu'afin de laisser une entière liberté aux habitants de vaquer aux récoltes, et se précautionner contre les incursions de ces ennemis.  Plusieurs semaines durant, ils se promènent en triomphateurs le fer et le feu à la main.  Après avoir ravagé l'Île, ils passent à la rive opposée, saccageant la paroisse de la Chenaye, y , massacrent une partie de la population et amènent le reste avec eux. 

Les registres de Lachine ont enregistré les noms de vingt-quatre victimes.  

Voici ce qu'on lit dans le registre du 28 octobre 1694, qui a été publié par Mgr. Tanguay dans le troisième volume des annales de la Société Royal.  

"Près de la maison Lalande était le corps de jean Fagueret dit Petitbois, où ayant fait des fouilles avec des pioches, proche d'une grosse roche nous avons trouvé tous ses os, toutes les chairs étant consommées, lesquels nous avons fait lever de la terre. 

Sur l'Habitation de feu Jean Michaud nous avons trouvé les os du dit Jean Michaud et de son fils Pierre, âgé de 15 ans et d'Albert Boutin de dix-huit ans, le fils de sa femme.  

Sur l'habitation de feu Noêl Charmois dit Duplessis, nous avons trouvé les os du dit Charmois, d'André Danis dit Larpenty tués et brulés. 

 Sur l'habitation de André Rapin, nous avons trouvé dans un creux, cinq têtes dont une de Perinne Filastreau femme de Simon Davaux dit Bouterain, avec ses os, une tête et les os d'un garçon qu'on dit être un soldat; deux têtes d'enfants et leurs os, et la tête de Marie Cadieu, femme d'André Canaple dit Valtagagne, dont les os furent trouvés dans une fosse, au pied du grand bastion du fort Rolland.

Nous avons fait aussi lever de terre, sur le bord de l'eau, une partie des os de deux soldats, tués le 6 août 1689, dans le combat que les Iroquois livrèrent aux Français entre le fort de l'église et le fort Rolland; n'ayant pu faire inhumer le reste des os à cause du débordement des eaux qu'il fait à présent.  Nous avons envoyé six hommes par delà de la petite rivière près de l'habitation de feu René Char.... ou nous avons trouvé un esclave de la nation des Panis qui avaient été tués par les Iroquois, le 5 août 1689 et où plusieurs personnes nous ont, depuis leur mort, rapporté avoir vu, sur la terre, leurs têtes et leurs os; mais les herbes ayant cru depuis ce temps, ils n'ont pu en rien trouver, et le soleil étant près de se coucher, nous nous sommes retirés.  Ayant fait mettre ces os dans un bateau que nous avons été recevoir, avec le surplis et l'étole noir, au son de la grosse cloche, accompagné d'acolytes en surplis, portant les chandeliers, la croix et l'eau bénite et chantant les psaumes, suivant la coutume de la Sainte Église; et les ayant fait couvrir du drap mortuaire, nous les avons fait porter et mettre en dépot en l'église pour en faire le lendemain l'inhumation dans le cimetière. 

L'inhumation se fit dans une grande solennité, après avoir dit, dessus les os, une grande messe de leur anniversaire, et fait tout le service avec offrande du pain et du vin.  Présent  a cette sépulture était André Rapin et jean Paré, anciens marguilliers, et Guillaume D'Aoust, chantre de l'église.  Ce fut le curé Rémy qui présida à la cérémonie.  

À l'égare des corps de Vincent Alex dit Larosée de Marie Perrin, sa femme, et une partie de leurs enfants, que les Iroquois brûlèrent dans leur maison, le 5 août 1689, par les Iroquois, et ses os furent inhumés le 31 octobre 1694.  Le registre dit: "A été exhumée sur le grand chemin, proche le fief de Verdun, Marie Madeleine Boursier, âgée de onze mois, fille de défunt Jean Boursier et de la défunte Marthe Thibodeau, laquelle fut tuée par les Iroquois le 5 août 1689, jours auquel ils prirent, pillèrent et brûlèrent Lachine".

Enfin, le 23 mai 1701, le registre constate que M. Rémy inhuma René Chartier dans la fosse de l'enfant ondoyé de Jean Cuillerier, dans l'ancienne chapelle bâtie dans le fort Rémy.  il y est déclaré que l'on a enterré une partie des os du défunt René Chartier, en son vivant habitant de cette paroisse, qui fut tué par les Iroquois sur son habitation, près de la petite rivière de la Présentation, le 5 août 1689, jour de la destruction de Lachine.  Le curé de cette Paroisse ayant appris que ces os étaient répandus sur l'habitation du dit défunt et qu'ils n'avaient pu être jusqu'à présent ramassés, nous les avons fait recueillir et mettre en terre sainte, le dit défunt ayant toujours vécu en bon chrétien, s'étant confessé et ayant communié, aux pâques de la dite année.  

Remarquons qu'il ne paraît pas que la population établie au fort de la Présentation et en haut de ce dernier ait été visitée par les Iroquois.  La tempête ne leur permit pas de traverser en haut de l'île Dorval où le lac Saint-Louis a plusieurs milles de largeur.  Ajoutons que les femmes furent plus épargnées que les hommes, et les registres établissent qu'elles ne tardèrent pas à avoir de nouveaux maris.

Voici la Liste des Habitants prisonniers ou disparus:

Charlotte Roussel, la femme de Pierre Gauthier dit Sagouingoara.

Jacques Morin 53 ns, voisin de René Chartier et son fils Antoine 24 ans.

Jean Moufflet dit Champagne, 31 ans, sa femme Anne Bodin, 28 ans.  Leurs quatre enfants survécurent à ce massacre.

Jean Dumans, 42 ans 

Simon Davaux dit Bouterain 42 ans, voisin de Vincent Alix et son fils Jean-Baptiste deux ans.

Jean Ozanne, cinq ans, Charles deux mois, tous deux fils de Nicholas Ozanne.

Étienne Hébert dit Saint-Martin un autre voisin d'Alix

Laurent Bory, 40 ans, près du fort Rolland et Marguerite LeMerle d'Aupré, sa femme de 37 ans.

Pierre Barbery, Marie Lebrun sa femme, et leurs enfants Philippe 20 ans, François 7 ans ainsi que Marguerite 2 mois, voisins de Jean Michaud.

Pierre Perusseau dit Tapias, 55 ans près le fort Rémy.  Sa femme Marie LeRoy 50 ans, leurs fils Pierre 22 ans.

Louis Homo, près du fort Cuillerier

Catherine Renusson, la veuve de Vincent Chamaillard et femme d'Auguste Alonze, dans le bas Lachine.

Jean Boursier, 45 ans, sa femme Marie Marthe Thibodeau et leurs enfants, Marguerite 14 ans, Élisabeth, 9 ans, Jean trois ans et demi.

Antoine Pichon dit DuVErnay, 44 ans, voisin de Jean Boursier.

Antoine Renault et sa femme Marie Madeleine Gignard, veuve de Pierre Bonneau 27 ans, et leur fille Marie-Madeleine 5 mois.  Les enfants de Pierre Bonneau Pierre huit ans, Marie-Barbe trois ans.

Michel André 50 ans, sa femme Francoise Nadreau 44 ans.

François Philippon, chirurgien et le gendre de Michel André et Francoise Nadreau ainsi que sa femme Gertrude âgé de 24 ans.  Leurs enfants, Louise-Madeleine âgée de 4 ans, Marie 2 ans.

Jean Michel, chirurgien, veuf sans enfant de Jeanne André et compagnon de Lasalle au Mississipi de 1678 à 1683.

Charles Beloncle sergent un autre gendre de Michel André, âgé de 33 ans ainsi que sa femme Pétronille André âgée de 15 ans.

Au total on calcul:

Prisonniers ou perdus à 42

Morts à 24

Total des sauvés 250

Grand total:  301 victimes directes des Iroquois.

 

De toutes ces données, on peut raisonnablement estimer le nombre des sauvés à 234 au moins.

Parmi les sauvés, trois tombèrent dans les mains des Iroquois, le 26 juin 1691, "après le soleil levé en allant cercler leur blé, avec quatre soldats qui les escortaient.  Leurs noms sont inscrits au registre de Lachine du 27 juin 1691:

Jean Gourdon dit Lachasse, marguillier en charge

René Huguet, son beau-frère

Jean Guignard dit Lespérance.

Jean Martin dit Latreille, soldat du fort Rolland

Pierre Blondeau dit Lajeunesse

Jean Laviolette

 

Suivant le massacre, plusieurs des familles qui auraient eu leurs maisons brûlées et autres de ce diocèse s'étaient retirés et habitaient le long de la rivière Saint-Pierre.  

"Les Soeur Sommillard, Marie-Anne et Élisabeth Guyon étaient à l'abri au fort Rémy et elles décrivirent la nuit comme étant orageuse.  Elles virent les flammes qui s'élevaient des habitations incendiées, elles entendirent les cris d'effroi arrachés aux victimes.  Elles purent voir la détresse des survivants venus chercher refuge au fort.  De la paroisse du coté d'en haut vinrent se réfugié, Madeleine Bourgery, veuve de feu Jean Bosne dit Lafranchise, dans le fort Rémy."  (maison st-gabriel)

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