L'Arabe maure " hassaniya ", si l'on en croit les gens qui la
pratiquent, est une langue très proche de l'Arabe littéral. Il
faut savoir que dans le monde arabe, beaucoup de niveaux de langues se
côtoient quotidiennement et sont employés par les populations en
fonction à la fois du contexte et du niveau d'éducation. Il faut
cependant distinguer de façon très nette ce qui relève du
dialecte (langue souvent non écrite, sorte de " patois "
national ou régional) et ce qui relève du littéral (ou
littéraire encore appelé classique). La première langue
est employée quotidiennement (bonjour, merci, au revoir, comment
ça va, etc...) et nous intéresse donc au premier chef. La seconde
est la langue des journaux, mais aussi de la radio et de la
télévision. C'est une langue dérivée de celle du
Coran, et c'est ce titre théoriquement la seule langue qui
s'écrit. Elle est comprise par toute personne qui est allée un
tant soit peu à l'école, dans la mesure où les cours se
font dans cette langue.
Le hassaniya est donc un dialecte, mais il est relativement pur ,
émaillé de quelques sons et mots berbères. Cette
pureté relative est sans dout liée au fait que ce dialecte est
une langue de nomades, de bédouins, qui a à ce titre connu moins
d'évolutions que les autres dialectes maghrébins marocains,
algériens ou tunisiens. Il possède en effet beaucoup plus de
voyelles que ces derniers ; il est donc à ce titre beaucoup moins
" guttural ".
Ce dialecte se parle par toutes les populations arabophones de Mauritanie, du
Sahara Occidental, voire de l'ouest du Mali, du Sud ouest algérien et
parfois du sud marocain (au delà de l'Oued Draa). Il est unitaire, mais
comporte des différences minimes d'une région à
l'autre.
Eléments de bibliographie :
Général Claude Le Borgne : méthode de Hassaniya,
CMIDOM ; vocabulaire technique du chameau en Mauritanie (dialecte
Hassaniya), bulletin français d'Afrique noire, Tome XV, n°1,
janvier 1963
Roger Pierret : Etude du dialecte maure, Paris, Imprimerie Nationale,
1948
David Cohen : Le dialecte arabe Hassaniya de Mauritanie (parler de la
Guebla), Paris, Klincksieck, 1963
Soeurs de St Joseph, missionnaires spiritains, cours de dialecte
Hassaniya, paroisse de Nouakchott, Mauritanie.
Catherine Taine-Cheikh, Lexique français-hassaniyya, dialecte
arabe de Mauritanie, Institut Mauritanien de Recherche Scientifique,
centre culturel français St Exupéry, Nouakchott,
Mauritanie.
Sans se montrer très " scientifique " cette petite méthode pratique se propose de d'aiser tous ceux qui désirent mieux connaître ces pays et leurs habitants en sachant prononcer et comprendre quelques mots de ce dialecte. Pour cela, l'étude s'oriente autour de l'apprentissage de textes dans la mesure du possible contemporains de contexte, auxquels on ajoute des explications sociales, grammaticales et de vocabulaire.
La langue arabe utilise 28 consonnes, donc beaucoup plus que le Français
; en outre, le Hassaniya en utilise de nouvelles et en confond d'autres. Il
faut également savoir que la langue arabe n'écrit pas les
voyelles, qui sont au nombre de trois en littéral ( a, ou, i ). Elles
sont beaucoup plus nombreuses en Hassaniya, et leur
" réalisation " dépend surtout de leur environnement
consonantique.
Ainsi, une même voyelle arabe écrite n'aura pas toujours le
même son ; de plus, elles ne font pas partie du mot au même titre
que les consonnes. Le fatha, voyelle " ouverte " ó sera
pronnonçé a, é, è ou e. De plus, les voyelles ne
font pas partie du mot au même titre que les consonnes. Ainsi, elles
n'auront pas dans le mot une place immuable. Les déplacements des
voyelles ont pour fonction une meilleure prononciation des mots.
En somme, les mots ont une armature fixe, celle des consonnes ; sur cette
armature, s'accrochent des voyelles, à des places variables suivant les
cas.
Consonnes :
b |
b français |
t |
t français |
th |
" th " anglais de " thing ", pas d'équivalent français |
j |
j français ; contrairement à d'autres parlers arabes, très rarement " dj " |
h |
h très fortement expiré, " buée sur vitre " |
kh |
" jota " espagnole, pas d'équivalent français |
d |
d français |
dh |
d zézayé ou th anglais de " this ", pas d'équivalent français |
r |
r roulé (toujours) |
z |
z français |
s |
s français |
sh |
ch français |
ç |
s emphatisé, pas d'équivalent français |
d |
d emphatisé |
t |
t emphatisé |
dh |
dh emphatisé |
` |
" cri de chameau " |
gh |
r grasseyé (parisien) = non roulé |
f |
f français |
v |
v français |
q |
k emphatisé |
g |
g dur (de guerre) |
k |
k français |
l |
l français |
m |
m français |
n |
n français |
h |
h faiblement expiré, dans équivalent français |
w |
" oua " |
y |
" ya " |
Remarques sur le système de transcription des consonnes
:
Le système de transcription retenu a privilégié la
simplicité : il utilise les associations de caractères couramment
employés traditionellement pour rendre des consonnes arabes sans
équivalent français. Il utilise donc les italiques lorsqu'il
s'agit de sons transcrits par deux caractères, afin de ne pas induire en
erreur. De même, de façon générale, lorsqu'il n'a
pas été possible de trouver un caractère pour
différencier une consonne et son emphatique, le son emphatisé est
rendu par un soulignement.
Remarques sur les consonnes hassaniya :
Le Hassaniya (à la différence de l'Arabe littéral)
crée des consonnes et en confond d'autres ; il ya parfois des emprunts
au Berbère ou au Wolof. Certaines consonnes sont prononcées
différemment du fait de " l'accent maure ". Sans aller dans
les sétails, voici quelques remarques pou s'y repérer :
- le " qâf " arabe est le plus souvent rendu par g.
- le " ghayn " arabe est parfois remplaçé par le
son q. Bien souvent, gh et q sont parfaitement interchangeables.
- le " fa " arabe est rendu parfois par f et parfois par v, cela
dépend des régions, des accents.
Si bien que dans les textes qui suivront, il faudra prendre en compte certaines
possibilités de variations des prononciations. La plupart du temps
cependant, la variation des prononciations ne gêne pas la
compréhension.
Voyelles :
a |
bref |
é |
bref |
è |
bref ouvert |
o |
bref |
u |
ou bref |
i |
bref |
e |
ouvert |
â |
long |
ê |
long ouvert |
î |
long |
ô |
long |
û |
ou long |
Remarques sur les voyelles hassaniya
Les voyelles ne se transcrivent pas dans l'écriture arabe. Il n'existe
théoriquement que trois voyelles courtes (a, ou, i)et trois voyelles
longues en Arabe. La différenciation entre longues et courtes est
d'ailleurs indispensable pour la bonne compréhension et la bonne
prononciation de beaucoup de mots. En Hassaniya, il existe beaucoup plus de
voyelles dérivées, en fait, des trois voyelles du littéral
:
longues :
û îcourtes :
ô ê
â
u iD'autre part, la voyelle courte n'ayant pas de réelle existence au même titre que la consonne dans le langage, il est possible d'entendre parfois un ´é´ à la place d'un ´a´ ou un ´è´ ou un ´e´ à la place d'un ´i´. Il ne faut donc pas se formaliser des différences de voyelles qui peuvent être rencontrées dans les textes suivants.
e
o è
é
a
es salâm `aleikum |
la paix sur vous |
`aleikum es salâm |
sur vous la paix |
eyyak el kheyr ? |
il y a le bien ? |
ella l kheyr, el hamdulillah |
seulement le bien, grâce à Dieu |
eyyak mâ târi bâs ? |
il n'y a pas de nouvelles en mal ? |
ma târi bâs el hamdulillah |
pas de nouvelles en mal, grâce à Dieu |
eyyak el `âvyé ? |
il ya la paix ? |
ella l 'âvyé l hamdulillah |
seulement la paix, grâce à Dieu |
el hamdulillah ! |
grâce à Dieu ! |
el hamdulillah |
grâce à Dieu ! |
es salâm 'aleikum |
la paix sur vous |
'aleikum es salâm u rahmatu llâh |
sur vous la paix et la miséricorde de Dieu |
eyyak la bâs ? |
ça va ? |
la bâs el hamdulillah |
ça va grâce à Dieu |
esh târi ? |
quoi de neuf ? |
ella lkheyr el hamdulillah |
le bien seulement grâce à Dieu |
ente menhu ? |
toi tu es qui ? |
ana shaqqâl |
je suis ouvrier |
u huwa ? |
et lui |
huwwa mwelli shaqqâl |
il est aussi ouvrier |
hâdha shenhu ? |
ça c'est quoi ? |
hâdha muvtah |
c'est une clé |
u dhak shenhu ? |
et ça c'est quoi? |
dhâk mûs |
c'est un couteau |
wedda'nak l mûlâna |
je t'ai confié à Notre Seigneur |
wedda'nak l mûlâna |
je t'ai confié à Notre Seigneur |
Explications
Les salutations commencent toujours par es salâm `aleikum, formule
d'arabe classique dit par l'arrivant, ou celui qui entre, qui passe. Elles
continuent par une série de questions mutuelles sur l'état la
santé. Elles se terminent par une action de grâce à Dieu.
Elles sont presque toujours suivies d'une question sur les dernières
nouvelles. On se quitte en se confiant mutuellement à Dieu. Les formules
de salutation sont très nombreuses, et beaucoup sont tirées de
l'Arabe classique, d'où leur prononciation parfois
particulière.
Les formules de salutations sont très nombreuses : certaines sont plus
en usage dans telle ou telle région.
Seuls les vieux et les gens de la badiya prolongent les salutations
d'une façon qui nous semble démesurée ; les jeunes ont
tendance à les racourcir de plus en plus. (2 à 4
réponses).
Ces salutaions sont rituelles, elles ne renseignent jamais sur la
réalité de la situation ; quelqu'un de malade répondra
ainsi la bâs el hamdulillah.
En entrant quelque part, au lieu de crier " holà il ya quelqu'un
? " on dit es salâm `aleikum, très fort, quitte
à le répéter.
La multiplicité des formules de contact permet d'expliquer l'usage de la
répétition du " ça va " français,
vraiment très sec en comparaison.
Quelques mots de vocabulaire : salutations, politesse.
L'article
L'article en Hassaniya comme en Arabe est " al "ou
" el ". Il se prononce différemment suivant la lettre
par laquelle commence le mot. Lorsque cette lettre met en action la langue, le
l de l'article ne se prononce pas, et la première letrre du mot
est redoublée. Avec les autres lettres de l'alphabet, l'article de
prononce tantôt en el, tantôt en le, ou même
parfois simplement l.
Les lettres de la premère catégorie sont :
t, th, j, d,dh, r, z, s, sh, ç, d,
t, dh, l, n.
Ces lettres sont appelées " solaires ", parceque le mot arabe
" soleil " schems, commence par l'une d'elles.
Les autres sont appelées lunaires (lune : qamar)
el + râjel mtîn > er râjel mtîn l'homme
est fort
lemra daîfa la femme est faible
er rajjêl kèdhdhâbîn les hommes
sont menteurs
(n.b : ces phrases ne sont que des exemples, à ne pas prendre au sens
littéral... !)
Pour faciliter la prononciation l'article aura souvent tendance à subir
un déplacement de voyelles, spécialement pour un article
plaçé avant une consonne lunaire suivie d'une voyelle longue.
Pronoms personnels
anâ je
enta tu (m)
enti tu (f)
huwa il
hiya elle
ehna nous (m) (dans certaines régions (Sud Est :
nahna)
ehnâti nous (f)
entuma vous (m)
entumâti vous (f)
huma ils
humâti elles
Pronoms affixes
L'arabe utilise très souvent des des pronoms affixés en fins de
mots. Ces mots peuvent être des noms (ktâbi, mon livre), des
verbes (a`tinî, donne-moi), des conjonctions
(eyyâk, est-ce que tu), des prépositions (`andî,
lî, chez moi, à moi = j'ai).
exemple: ktâb = livre. ktâbî, ktâbak,
ktâbik, ktâbna, ktâbkum, ktâbhum
esmî mon nom
esmak ton nom (m)
esmik ton nom (f)
esmu son nom (m)
esmha son nom (f)²
esmna notre nom
esmkum votre nom
esmhum leur nom
èssalâm `leikum |
- la paix sur vous |
`leikum essalâm |
- sur vous la paix |
eyyâk
lâ bês ? |
-quel
est ton état? |
lâ bês lhamdu lillâh. |
-
Pas de mal sur vous? |
esh târi mèn lakhbâr? |
- quoi de neuf en fait de nouvelles? |
ella
lkhéyr alhamdu lillâh. |
-
Seulement le bien, grâce à Dieu |
entuma
mènéyen jâyîn? |
-
D'où venez vous ? |
esh târi fi lmukhayèmât ? |
-
quoi de neuf aux campements? |
réytu shi târi ? |
-avez
vous vu quelque chose de neuf? |
ella
lkhèyr elhamdu lillah |
-seulement le bien, grâce à Dieu |
wedda`nak lmulâna |
- nous t'avons confié à Notre Seigneur |
Eléments de dialecte maure " hassaniya ", deuxième
partie.
Eléments de dialecte maure " hassaniya ", troisième
partie.
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